Lors d’une opération militaire dans le nord de l’Irak, contre une base arrière du PKK kurde, l’armée turque a découvert les corps de treize prisonniers turcs morts. L’émotion est à son comble en Turquie et le Président Erdogan s’en prend aux États-Unis.

Funérailles à Ankara, lundi 14 février, de l’un des trois soldats turcs tués lors de l’opération de l’armée contre le PKK dans le nord de l’Irak.
Funérailles à Ankara, lundi 14 février, de l’un des trois soldats turcs tués lors de l’opération de l’armée contre le PKK dans le nord de l’Irak. © AFP / Adem ALTAN / AFP

La Turquie est engagée sur plusieurs fronts à la fois, mais aucun ne provoque autant de passions que les rapports conflictuels entre le pouvoir turc et la minorité kurde.

Depuis deux jours, l’émotion est à son comble après la mort de treize prisonniers turcs, militaires et policiers pour la plupart, qui étaient prisonniers du PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, le groupe politico-militaire désigné comme ennemi public numéro un par Ankara. Le Ministre de l’intérieur est allé jusqu’à souhaiter capturer le chef militaire du PKK et, je cite, « le couper en mille morceaux ».

L’affaire prend même l’allure d’une crise diplomatique puisque la Turquie est mécontente de la réaction de Washington. Le Président Recep Tayyip Erdogan s’en est pris à son allié américain : « vous êtes avec eux et derrière eux », s’est-il exclamé.

A l’origine, une opération de l’armée turque contre une base arrière du PKK dans le nord du Kurdistan irakien, qui aurait fait une cinquantaine de morts dans les rangs des combattants kurdes, et trois soldats turcs tués. Mais, surtout, les soldats ont découvert dans une grotte les corps des treize prisonniers.

Selon Ankara, les prisonniers ont été exécutés par leurs ravisseurs du PKK, souvent d’une balle dans la tête. Mais le PKK rend la Turquie responsable de leur mort par son opération militaire. Il n’y a aucune source indépendante pour vérifier ces affirmations contradictoires.

C’est pour cette raison que le Président Erdogan a été rendu furieux par le communiqué américain qui, avec cinq petits mots –« si ces informations se confirment »…- a laissé planer le doute sur la version des autorités turques.

Mais pour comprendre les vraies raisons de cette colère, il faut prendre la mesure de la complexité de l’enchevêtrement des forces dans cette partie du Moyen Orient. 

Il y a quelques jours, une vidéo montrait une colonne de matériel militaire allant du nord de l’Irak vers le nord de la Syrie : il s’agissait de véhicules et de matériel américains destinés aux combattants kurdes syriens qui ont été en première ligne contre Daech pour reprendre les territoires contrôlés par l’État islamique. Or ces combattants, alliés des Américains, ne sont aux yeux des Turcs qu’un appendice du PKK.

Erdogan avait réussi à convaincre Donald Trump de les lâcher, mais le Pentagone et les alliés des États-Unis dont la France, avaient réussi à limiter la casse. L’administration Biden est d’autant moins disposée à les lâcher qu’on assiste à une résurgence de Daech dans la région, et que les relations avec le président turc ne sont pas au beau fixe.

La Turquie fait de la mort de ses treize prisonniers un casus belli, contre le PKK bien sûr, mais aussi contre tous ceux qui montreraient la moindre complaisance à son égard. En interne, Erdogan a raflé hier plusieurs centaines de cadres du HDP, un parti kurde représenté au Parlement, accusé d’être l’émanation du PKK. Son leader, Salahattin Dermitas, est déjà en prison depuis 2016, malgré un avis de la Cour européenne des droits de l’homme.

Le Président turc semble aussi décidé à mettre la nouvelle administration américaine au pied du mur, ce qui pourrait toutefois se retourner contre lui. 

Un vieil adage diplomatique rappelle qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens : Erdogan pourrait le regretter s’il fait de cette crise kurde une heure de vérité dans les rapports de la Turquie avec ses alliés de l’OTAN.

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