Bizarre. Les dirigeants français et allemands, l’un de droite, l’autre de gauche, parviennent à un compromis sur les réformes institutionnelles de l’Union. Ils se sont fait des concessions, se sont fait violence, ont fait preuve d’intelligence et d’imagination, mais la réaction dominante est l’ironie : « Quoi ! Deux présidents ? Encore une usine à gaz ! Ah bravo ! ». On a entendu cela toute la journée d’hier mais non ! Pardon. On peut trouver, comme Philippe de Villiers, ces propositions trop fédéralistes. On peut juger, à l’inverse, comme François Bayrou, qu’elles ne renforcent pas suffisamment l’unité politique de l’Europe. On peut faire l’un ou l’autre reproche à ces propositions mais certainement pas s’indigner qu’elles prévoient l’élection de deux Présidents, l’affirmation de deux pouvoirs parallèles, procédant l’un des Etats constituants l’Union, l’autre des citoyens européens exprimant, dans les élections européennes, au-delà donc des frontières nationales, un choix politique pour l’Union, droite, gauche ou autre. Le débat, c’est en effet l’équilibre entre ces deux pouvoirs. C’est même tout le débat, mais leur existence, à tous les deux, la représentation des Etats nationaux et celle des citoyens de l’Union, cette dualité, est une exigence absolue, une donnée de base, car les citoyens comme les Etats, les Etats comme les citoyens, doivent être représentés. C’est si vrai qu’il n’y a pas d’union d’Etats, fédérale ou confédérale, où cette double représentation ne soit pas assurée. En Europe, c’était déjà le cas. Il y a, d’un côté, le Conseil européen où siègent les chefs d’Etat et de gouvernement ; de l’autre la Commission européenne, celle de Bruxelles, dont les membres sont nommés par leurs Etats mais ne les représentent pas car ils ont en charge l’intérêt commun de l’Union. Il y avait donc deux camps en Europe, ceux qui voulaient maintenir le pouvoir des Etats, le réaffirmer en dotant le Conseil d’un président, une nouveauté, et ceux qui voulaient renforcer la Commission en faisant élire son président par le Parlement, c’est-à-dire par la majorité parlementaire choisie par les citoyens. C’était l’un ou l’autre et il n’est pas du tout absurde d’avoir opté pour les deux en même temps, pour le renforcement parallèle des deux pouvoirs, celui de la Commission qui aurait désormais un Président élu, qui bénéficierait, par là, d’une légitimité populaire, qui deviendrait enfin responsable devant les électeurs, et celui du Conseil qui, désormais incarné par un Président et prenant maintenant ses décisions à la majorité, deviendra une instance d’harmonisation des politiques nationales, de rapprochement entre les dirigeants nationaux. Ces pouvoirs seront concurrents ? Oui et alors ? Il est paradoxal de s’en s’inquiéter alors que le fondement même de la démocratie est la séparation des pouvoirs - exécutif, législatif, judiciaire - mais aussi, dans les unions d’Etats, pouvoir des Etats et pouvoir de l’Union. Reste, en l’occurrence, la question de l’équilibre entre les Présidents du Conseil et de la Commission. Elle n’est pas tranchée car il n’y a hélas pas, que l’on sache, de majorité fédéraliste en Europe. Quand le fédéralisme sera majoritaire, cela se verra et cela bougera.

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