A la sortie du golfe arabo-persique, une rive arabe, l’autre iranienne, le détroit d’Ormuz mène à la mer d’Oman et à l’océan indien. Quarante pour cent du pétrole mondial transite par ce coude étroit, route essentielle, vitale, de l’économie des cinq continents, et c’est là, dans les Emirats arabes unis, à Abou Dhabi précisément, que la France, a-t-on appris hier, va ouvrir une base militaire interarmes de quelques cinq cents hommes, opérationnelle en 2009. D’un côté, les Emirats ne sont pas mécontents de diversifier leurs soutiens militaires, de ne plus dépendre de la seule protection des Etats-Unis, déjà très présents dans le Golfe avec, notamment, leurs bases de Bahreïn, du Qatar et du Koweït. Liés à la France, depuis 13 ans, par un accord de défense théoriquement réciproque, les Emirats étaient demandeurs mais la France ne l’était pas moins. C’est la première fois en un demi-siècle, depuis la décolonisation, qu’elle se dote d’une base permanente en terre étrangère. Toutes les bases militaires permanentes de la France sont aujourd’hui situées dans ses anciennes colonies ou ses départements ou territoires d’Outre Mer. Avec cette future base d’Abou Dhabi dont le projet est bien antérieur à l’élection de Nicolas Sarkozy, la France se projette et s’affirme et c’est dans l’une des régions à la fois les plus prometteuses et les plus dangereuses du monde qu’elle le fait. Il s’agit, commentait, hier, l’amiral Guillaud, chef d’état-major particulier du Président de la République, d’une « une petite révolution géopolitique » et, de fait, c’en est une, petite mais non négligeable à deux égards. En s’installant dans le Golfe, d’abord, la France s’insère dans le dispositif de défense de cette région ce qui signifie à la fois qu’elle se rapproche, de ce seul fait, des Etats-Unis mais devient aussi, en même temps, un acteur politique beaucoup plus réel du Proche-Orient, non plus seulement une amie mais une alliée du monde arabe. « Le signal, déclarait Nicolas Sarkozy à Abou Dhabi, est que la France participe à la stabilité de cette région du monde où beaucoup de choses se jouent ». « Une partie très importante se joue » dans les Emirats, a-t-il ajouté, et " quitte à aider des pays amis, il vaut mieux aider ceux qui sont un exemple que le contraire ». Le mot est fort. Exemplaires, les Emirats ne le sont en rien aux chapitres des libertés, des droits de l’Homme et de la démocratie mais, outre qu’il y a bien pire dans la région, ces pays montrent, c’est vrai, plus d’ouverture et de tolérance, d’appétit de modernité économique et d’innovation, que beaucoup de leurs voisins. Riches mais petits et fragiles, ils se cherchent une place pérenne dans ce siècle et tous aspirent à devenir plus encore des plaques tournantes du commerce international et des lieux de contact, culturels et politiques. D’où cette ouverture vers un pays européen qui, lui trouve, là, de nouvelles cartes car – c’est son second intérêt – qui dit présence militaire, dit aussi présence tout court, développement de liens et de parts de marché. Une « petite révolution » - non négligeable.

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