Où trouver un actif dans cette présidence qui s’achève ? Après huit ans de pouvoir, Georges Bush aura quitté, mardi, la Maison-Blanche mais, à l’heure du bilan, il ne peut se prévaloir que de corrections tardives de ses erreurs, de rattrapages de dernière minute qui auront bien peu compensé les dommages infligés à la stabilité internationale et à l’influence des Etats-Unis. Aujourd’hui même, sa secrétaire d’Etat tente de faciliter la conclusion du cessez-le-feu à Gaza en donnant des garanties américaines sur le contrôle de la contrebande d’armes entre l’Egypte et ce territoire palestinien dont le Hamas avait fait son bunker. Après sept années d’inaction, il s’était enfin soucié, il y a quatorze mois, d’aider à un règlement israélo-palestinien en réunissant la conférence d’Annapolis dont les bases étaient bonnes mais qui a échoué. Un an après sa réélection, il avait fini par comprendre qu’il ne pouvait plus tenir la minorité sunnite à l’écart du jeu politique irakien sous prétexte que Saddam Hussein s’était appuyé sur elle et les gestes alors faits en sa direction ont contribué, c’est vrai, à un recul marqué du niveau de violence dans ce pays. Et puis à l’automne, face à la débâcle de Wall Street, il avait su rompre avec sa croyance en la sagesse des marchés, avec cette idéologie du laisser-faire qui avait guidé tout sa politique depuis son élection, et engager l’Etat dans une opération de sauvetage précipité qui prendra, maintenant, des années. En dehors de cela, le bilan de ce président n’est pas catastrophique mais atterrant. Son premier geste, frénétique, fut une baisse massive des impôts qui ne pouvait profiter qu’aux plus riches et qui a fait renouer l’Amérique avec les déficits avant que la guerre d’Irak et la crise ne les décuplent. Les premières alertes de Wall Street, sous son premier mandat, l’ont laissé de marbre : surtout, ne pas toucher, disait-il, à la liberté des marchés. Les attentats du 11 septembre l’ont conduit à mobiliser l’Onu pour le renversement du régime qui abritait al Qaëda en Afghanistan. C’était nécessaire et légitime mais, tout à son aventure irakienne, Georges Bush s’est aussitôt désintéressé de ce pays où les taliban ont, ainsi repris la main. Tandis que l’Afghanistan devenait un bourbier, il a offert le plus beau des cadeaux à l’Iran chiite en donnant les commandes de l’Irak à sa majorité, chiite et proche des Iraniens. Georges Bush – coûteuse prouesse – a fait de l’Iran la première puissance du Proche-Orient avant d’aller menacer son régime de le renverser alors qu’il venait de le renforcer. Parallèlement, comme ivre et aveugle, il s’est mis à dos la Russie en parlant d’intégrer l’Ukraine et la Géorgie à l’Otan et d’installer un système anti-missiles en Europe centrale. Il a rendu les Etats-Unis impopulaires comme jamais sur les cinq continents et pire que tout, non plus une erreur mais un crime, il a fait une moquerie des principes démocratiques les plus fondamentaux en réinventant les oubliettes à Guantanamo, autorisant la torture et organisant des prisons secrètes à travers le monde. Plus que quatre jours avant qu’il ne s’efface mais, pour Barack Obama, l’héritage sera lourd.

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