Ce n’est évidemment pas neutre. Ce n’est pas que la France en sera ruinée, que l’euro s’écroulera et que l’Union se défera mais la décision de l’agence Standard and Poor’s d’abaisser la note de neuf pays européens dont la France complique encore la situation des 27.

Immédiatement pour les uns, rapidement pour les autres, les neuf dégradés vont maintenant voir monter les taux d’intérêt auxquels ils empruntent. Cela signifie que leurs déficits vont s’accroître au lieu de diminuer, qu’ils devront donc augmenter leurs impôts et réduire leurs dépenses dans des proportions plus élevées que prévu et qu’un nouveau coup de frein en sera donné à leur croissance alors même que l’un des problèmes soulevés par les analystes de Standard and Poor’s, bien réel celui-là, est que cette croissance est déjà faible et que les mesures de rigueur déjà prises ne pourront que l’affaiblir.

Ces dégradations entraînent les pays concernés dans un cercle vicieux et, plus grave encore, ils ne seront pas seuls à en souffrir puisque c’est entre eux que les Européens font la plus grande part de leur commerce et qu’une baisse du pouvoir d’achat chez les uns aura d’inévitables répercussions sur les autres, même les plus en forme, Allemagne comprise. C’est bien la totalité des 27 et pas uniquement les neuf pays directement concernés, pas seulement la France, qui vont souffrir de cette décision et cela d’autant plus que la Grèce ne parvient pas à retomber sur ses pieds.

Une faillite de la Grèce devient non pas certaine mais possible et la persistance de ses difficultés, quelle qu’en soit l’issue, la persistance de ses difficultés soumettra l’Union à de nouvelles épreuves dans lesquelles on verra sa faiblesse majeure qui est d’avoir mis en commun ses économies et ses monnaies sans s’être dotée des institutions politiques qui lui permettraient d’harmoniser ses politiques économiques.

Ce décalage apparaîtra bientôt tellement intenable que l’alternative est simple. Ou bien les Européens sauront y remédier ou bien leur unité en sera sérieusement ébranlée. Si l’Union ne devient pas politique, elle se délitera lentement mais sûrement ce qui signifierait, à coup sûr, que les Européens seraient encore bien moins à même qu’aujourd’hui de peser dans le monde et, surtout, de faire face à la concurrence des pays continents autour desquels s’organise l’économie mondiale.

Les optimistes diront là que l’Europe s’est toujours renforcée de ses crises, comme elle l’a fait à nouveau, depuis le krach de 2008 et la crise des dettes souveraines, en développant comme jamais ses solidarités financières et le pilotage commun de ses économies. C’est vrai. Cette confiance n’est pas infondée car les Européens auraient beaucoup trop à perdre à leur désunion pour s’y résigner mais attention !

Outre que ses gouvernements en font toujours trop peu trop tard et que les difficultés s’en multiplient, l’état de confusion auquel l’Union en est maintenant arrivée est tel que ses peuples n’y voient plus la solution mais l’aggravation de leurs problèmes, qu’ils s’en détournent toujours plus et qu’ils seront toujours plus tentés d’entendre ceux qui les appellent à y renoncer plutôt que de l’affirmer.

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