Aussi dit, redit et martelé que ce soit, ce n’est pas vrai. Au Mali, entend-on partout, la France est seule mais il n’y a pas plus paradoxal que cette affirmation puisqu’il n’y a pas un seul pays – enfin si, l’Iran – qui n’ait pas approuvé sa décision de répondre à l’appel aux secours du président malien.

Aucune voix ne s’est élevée contre au Conseil de sécurité, pas même celle de la Russie qui est pourtant en délicatesse avec la France à propos de la Syrie. Les Etats-Unis félicitent la France de sa détermination. Le soutien de l’Union européenne est évidemment unanime et, bien plus important encore, politiquement parlant, l’Afrique applaudit – la population malienne bien sûr, et chaleureusement, mais l’ensemble aussi des pays d’Afrique occidentale dont la presse ne tarit pas d’éloges et remerciements appuyés à la France, ses armées et son président et égratigne, au passage, les dirigeants africains, incapables de défendre leurs pays, dit un quotidien béninois, parce qu’ils sont « plus préoccupés par leur maintien au pouvoir que par les intérêts des populations ».

Il y a, en un mot, des solitudes plus douloureuses que celle qui vous laisse en compagnie des Nations-Unies, de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Europe mais alors pourquoi entend-on et lit-on si souvent que la France serait seule dans cette opération ?

C’est évidemment parce qu’elle paraît l’être sur le terrain, militairement parlant, mais même cela n’est pas vrai. Transport de troupes et renseignement, le soutien logistique des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne lui est acquis et il s’agit là des deux pays dont l’aide peut

être la plus précieuse. L’Algérie que tout cela inquiète car elle craint que les djihadistes ne refluent maintenant vers sa frontière et qu’elle n’aime pas voir la France s’affirmer dans la région a néanmoins autorisé le survol de son territoire sans lequel tout aurait été beaucoup plus difficile. Les pays d’Afrique occidentale dépêchent des hommes qui seront bientôt aux côtés des troupes maliennes et françaises et, en tout état de cause, aussi complexe qu’elle soit et délicate sur le long terme, cette intervention ne requiert en rien la mobilisation d’une coalition internationale.

La France n’est nullement seule, ni politiquement ni militairement, mais deux raisons, elles bien réelles, expliquent cette fausse impression. La première est qu’il n’était initialement pas prévu que la France intervienne autrement qu’en appui logistique à des troupes africaines qui étaient en voie de mobilisation. Elle est maintenant en première ligne, intervenant à terre et prenant des risques, mais ce n’est pas parce qu’elle l’aurait voulu mais parce que les djihadistes ont tenté le tout pour le tout en marchant sur Bamako et qu’aucun autre pays que la France, approuvée par l’Onu, n’était à même d’intervenir en quelques heures.

Quant à la deuxième raison qui la fait dire seule, elle est que normalement, c’eut été à des troupes européennes d’intervenir puisque l’Europe entière est concernée et non pas la seule France. C’est absolument vrai mais, si ce n’est pas le cas, ce n’est pas parce que l’Europe désapprouverait mais parce qu’elle n’a toujours pas su se doter d’une Défense et de troupes d’intervention communes dont on voit bien aujourd’hui à quel point elles seraient nécessaires.

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