Angela Merkel et François Hollande
Angela Merkel et François Hollande © CORBIS / Thierry Tronnel
**N’était-ce qu’une proposition française, une idée lancée par François Hollande ? Ou bien était-ce que le Président de la République faisait état, lors de sa conférence de presse de mardi, d’un projet franco-allemand qui n’aurait plus été loin d’être abouti, après des échanges restés discrets ?** La question se posait. Elle était importante car l’une et l’autre des réponses ne donnaient évidemment pas la même image du point où en sont les relations entre les deux puissances dont dépend l’avenir de l’Union et, renseignements pris, enquête faite, on est entre les deux. Si François Hollande vient de proposer qu’une concertation permanente entre la France et l’Allemagne organise leur « responsabilité commune pour la paix et la sécurité dans le monde », c’est qu’Angela Merkel lui avait fait savoir depuis plusieurs mois qu’elle était maintenant disposée à faire progresser l’Europe de la Défense et, donc, à réfléchir avec la France aux problèmes de sécurité qui se posent et se poseront toujours plus à l’ensemble de l’Union.
 9/22/1984 à Verdun Francois Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl
9/22/1984 à Verdun Francois Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl © CORBIS / © Bettmann
Pour la France, c’était la bonne nouvelle. Même prudemment, même timidement, l’Allemagne sortait enfin de ce neutralisme de fait qui marque sa politique étrangère, de sa répugnance à s’engager sur les théâtres extérieurs et du traumatisme national qui l’empêchait de le faire depuis la dernière guerre. L’Allemagne admettait enfin que sa puissance économique et la place qu’elle occupe dans l’Union lui interdisaient désormais de détourner son regard des marches méridionales et orientales de l’Europe dont les tensions et les conflits affectent directement la sécurité européenne et François Hollande n’a ainsi rien fait d’autre qu’aussitôt saisir la balle au bond. « Chiche ! » vient-il de dire avec cette idée d’une concertation permanente que la chancelière n’aurait aucune raison de refuser puisqu’elle répond à ses vœux mais qui va l’amener – c’est l’avantage vu de Paris – non seulement à s’engager plus dans des crises comme celles du Mali ou de la Centrafrique mais également à plancher sur les menaces stratégiques auxquelles l’Europe doit faire face et les intérêts de puissance que les 28 ont à défendre en commun. C’est un tournant de taille qui s’amorce là et il est d’autant plus prometteur pour l’unité européenne que l’Allemagne a très bruyamment applaudi hier le Pacte de responsabilité proposé par François Hollande. Tout au long de la journée, les déclarations d’approbation se sont succédées à Berlin où l’on considère visiblement que la démarche du chef de l’Etat s’inscrit dans la lignée des lois Hartz, de ce qu’on appelle aujourd’hui les réformes Schröder et qui, par vagues successives, en quatre fois et non pas d’un coup, avaient transformé l’Allemagne d’homme malade de l’Europe en premier de la classe. Comme François Hollande, le chancelier Schröder était un social-démocrate, alors leader de ce parti qui gouverne aujourd’hui l’Allemagne en coalition avec le parti conservateur de Mme Merkel et qui a imposé à la chancelière l’introduction d’un Smic à la française que le président de la République voudrait généraliser à l’Union. Une convergence franco-allemande s’esquisse à nouveau en Europe. Fondamental, c’est un mouvement à suivre à la loupe. [Dans nos archives, la question de la FrancAllemagne ](http://www.franceinter.fr/chro/geopolitique/11259)
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