Trump à J-4

Peut-être est-ce compulsif. Peut-être ne peut-il pas s’empêcher de se ruer sur son clavier pour faire part au monde de ses réactions et intentions du moment. Peut-être ces tweets vengeurs relèvent-ils, au contraire, d’une tactique délibérée de Donald Trump visant à être toujours présent et à désarçonner, surtout, la terre entière comme ces guerriers de l’antiquité qui chargeaient toujours avec des cris tellement épouvantables que leurs adversaires en étaient tétanisés.

On ne sait pas. Les deux peut-être mais John Brennan, le directeur sortant de la CIA, s’en est alarmé hier, dans une grande émission télévisée, en déclarant que « la spontanéité n’était pas quelque chose qui protège la sécurité nationale » et que le président élu devrait être sûr, quand il s’exprime ou réagit, qu’il « comprend bien les implications et l’impact profond que cela peut avoir sur les Etats-Unis ». On aurait dit une appréciation de prof principal au bas d’un bulletin de cancre indiscipliné et de fait…

On est à J-4. Donald Trump prend ses fonctions vendredi et qu’a-t-il trouvé de mieux à faire samedi, avant de voler dans les plumes d'Angela Merkel, coupable d'avoir accueilli les réfugiés syriens? A rassurer? A se faire, si ce n’est présidentiel, un minimum consensuel ? Eviter, en un mot, les polémiques inutiles ? Non, pas du tout. L’urgence aura été pour lui un tweet de plus afin de traîner dans la boue un parlementaire démocrate qui avait annoncé qu’il ne participerait pas aux cérémonies de vendredi car il ne le considère pas comme légitimement élu.

Or qui est le Représentant en question ?

Rien de moins que John Lewis, icône du mouvement des droits civiques, proche compagnon de Martin Luther King et pilier du Congrès depuis trois décennies. Sans craindre de blesser tous les Noirs américains et tous les Américains attachés à ce moment d’histoire que furent les manifestations pour l’égalité raciale des années 60, Donald Trump lui est rentré dedans comme dans une bagarre de cour de récré et sans le moindre égard pour ce qu’il incarne.

Comprenait-il bien les implications et l’impact de ce tweet ou a-t-il voulu dire à ses électeurs que les droits civiques, pour lui, ça allait comme ça ? Lui seul le sait mais c’était tout aussi inquiétant que l’interview au Wall Street Journal par laquelle le président élu, samedi toujours et en une phrase, a confirmé qu’il pourrait mettre en question le principe de la « Chine unique ».

Pékin a immédiatement réagi en disant que ce n’était pas négociable.

C’était prévisible puisqu’il n’y a qu’une seule Chine aux yeux des dirigeants chinois pour lesquels Taïwan n’est qu’une province provisoirement autonome.

La politique de Pékin est de ne pas avoir de relations diplomatiques avec les pays reconnaissant Taïwan comme Etat indépendant mais Donald Trump n’a pas craint d’agiter la menace d’une rupture avec Pékin afin d’aborder en position de force de futures négociations commerciales. C’est une technique mais en mesure-t-il bien l’impact et mesure-t-il les conséquences de ses nouvelles déclarations sur l’obsolescence de l’Otan et la prochaine désunion de l’Europe ? Peut-être, mais peut-être pas.

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