Le Parlement britannique a rejeté à une majorité sans précédent le plan négocié par Londres avec l’Union européenne pour la sortie du Royaume Uni de l’UE. Laissant Theresa May KO debout, même si elle sauvera sa tête aujourd’hui.

Peinture murale du street-artist britannique Banksy à Douvres, dans le sud de l’Angleterre, le 7 janvier 2019, montrant un ouvrier en train de retirer une étoile du drapeau européen avec le Brexit.
Peinture murale du street-artist britannique Banksy à Douvres, dans le sud de l’Angleterre, le 7 janvier 2019, montrant un ouvrier en train de retirer une étoile du drapeau européen avec le Brexit. © AFP / Glyn KIRK / AFP

Il y a eu une scène étonnante, hier soir, devant le Parlement britannique à Londres, à l’annonce de la défaite historique de Theresa May : des cris de joie de la part des partisans du Brexit, mais aussi de ceux qui souhaitent rester au sein de l’Union européenne.

Que des partisans de thèses aussi opposées se réjouissent ainsi du résultat du même vote, donne la mesure de la confusion qui règne à Londres après un rejet aussi massif de l’accord négocié pendant deux ans par le gouvernement de Theresa May avec les représentants des 27 autres membres de l’Union européenne.

Parmi les députés de tous bords qui ont infligé à Theresa May la plus humiliante défaite parlementaire d’un premier ministre depuis 1924, il n’y a d’entente que sur une chose : refuser cet accord. 

Mais certains d’entre eux veulent un nouveau référendum dans l’espoir de rester en Europe ; d’autres exigent une rupture plus franche que celle que prévoit l’accord ; d’autres enfin, comme le leader travailliste Jeremy Corbyn, souhaitent surtout de nouvelles élections pour prendre le pouvoir !

En temps normal, un premier ministre ainsi désavoué sur un vote aussi important aurait démissionné dès l’annonce du résultat. Mais ce ne sont pas des temps normaux au Royaume Uni.

Le paradoxe est que ceux qui ont humilié leur premier ministre hier, vont voter aujourd’hui pour la sauver. La motion de défiance déposée dès hier soir par Jeremy Corbyn a peu de chances de passer lors du vote de cet après-midi. Les unionistes irlandais et les conservateurs eurosceptiques qui ont désavoué Theresa May hier, ont annoncé qu’ils voteraient contre la motion travailliste.

Mais la première ministre sera une mort-vivante, un chef de gouvernement incapable de faire passer quoi que ce soit devant son parlement divisé ; incapable d’obtenir de l’Europe les concessions significatives qu’espèrent de manière irréaliste les élus conservateurs ; incapable, enfin, de proposer une vision d’avenir à son pays désuni.

Le Président du Conseil européen, Donald Tusk, a tweeté hier soir trois lignes mystérieuses : « si un accord est impossible, a-t-il écrit, et si personne ne veut d’une absence d’accord, qui aura alors le courage de dire quelle est la seule issue positive ? ».

Donald Tusk n’a pas explicité l’ « issue positive » qu’il avait à l’esprit, mais sans doute pensait-il à un autre référendum, pour demander au peuple de trancher.

La seule certitude, c’est que la date butoir du 29 mars a peu de chances d’être tenue, ça semble impossible si, comme l’a fait hier Theresa May, on écarte une sortie d’Europe sans accord, qui serait catastrophique. Elle a maintenant trois jours pour trouver un  improbable « plan B », faute de quoi elle devra sans doute demander un report.

Dans ce cas, le Royaume Uni, qui a donné hier soir le spectacle d’une impasse politique totale, pourrait se donner le temps de retourner devant les électeurs. Une décision difficile à prendre pour une classe politique qui devra admettre qu’elle a échoué, mais qui risque de se révéler la seule possible dans les tous prochains jours.

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