Le Président russe a changé de premier ministre et annoncé une réforme constitutionnelle, en préparation de sa succession en 2024 ; à moins que ça ne soit pour prolonger son influence sur le pouvoir après son dernier mandat.

Dimitri Medvedev, qui a démissionné hier de son poste de premier ministre, et le Président Vladimir Poutine, décontractés lors d’une visite en 2016 au lac Ilmen, près de la ville de Novgorod.
Dimitri Medvedev, qui a démissionné hier de son poste de premier ministre, et le Président Vladimir Poutine, décontractés lors d’une visite en 2016 au lac Ilmen, près de la ville de Novgorod. © AFP / STR / SPUTNIK / AFP

A l’époque soviétique, le décryptage des mystères du Kremlin s’appelait la « Kremlinologie ». Aujourd’hui, cette « science » se réduit à l’étude d’un homme, et c’est la « Poutinologie ». Tout ce que le monde compte de « Poutinologues » était en ébullition hier, pour tenter de comprendre le grand chambardement annoncé par le maître du Kremlin, Vladimir Poutine.

Le Président russe, au pouvoir depuis vingt ans sous une forme ou sous une autre, a annoncé une prochaine réforme significative de la Constitution, limitant les prérogatives du Président au profit du Parlement, et un changement surprise de premier ministre. 

Le fidèle Dimitri Medvedev, celui qui avait inversé les rôles avec Vladimir Poutine entre 2008 et 2012 pour respecter la Constitution, a été sèchement remercié ; et remplacé par un inconnu aux yeux de l’immense majorité des Russes, le directeur des impôts, Mikhaïl Mishushtin, un technocrate, pas un successeur potentiel de Poutine.

Il faut rappeler le contexte : Poutine a été réélu en 2018 et son mandat court jusqu’en 2024. C’est le dernier, car la Constitution interdit plus de deux mandats consécutifs, et le Président russe aura alors 72 ans. 

L’âge de la retraite ? Certains y croyaient, et préparaient un après-Poutine, sans doute âprement disputé. Mais si les annonces d’hier ont un sens, c’est que Vladimir Poutine ne s’éloignera pas trop du pouvoir en 2024, et qu’il est en train de façonner un édifice institutionnel sur mesure. Sous quelle forme ? On ne le sait pas encore précisément.

Dans sa réforme constitutionnelle, il donne une importance accrue à un Conseil d’État dont il pourrait faire le siège de son influence future. Il y a aussi le Conseil de Sécurité de la Russie, dont il est le Président, et dont il vient de faire de Medvedev le vice-Président. L’échéance est encore lointaine, et Poutine a le temps de peaufiner sa transition.

Le cap politique ne changera toutefois pas, pas d’ouverture libérale en vue, même si Poutine veut plus d’efficacité dans la gestion économique. Le discours martial prononcé hier devant le Parlement donne le ton : Poutine y vante les progrès de l’armement russe qui, pour une fois, a-t-il dit, ne cherche pas à rattraper les autres, mais fait la course en tête…

Poutine ne fait confiance à personne d’autre que lui-même pour mener la politique de reconquête des positions internationales de la Russie, et, ça n’est pas moins important, il y a la protection d’intérêts privés après son départ de la Présidence.

Il a commencé à faire monter une nouvelle génération de cadres n’ayant pas ou peu connu l’ère soviétique. Des cadres formés à son image et dont le think tank européen ECFR estime que « ces changements signifient que l’Occident doit abandonner l’espoir que l’optimisme des années 1990 revienne une fois que Vladimir Poutine sera parti ».

Après Poutine, on risque donc d’avoir … encore du Poutine, avec ou sans lui.

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