Les élections législatives en Macédoine du Nord étaient cruciales pour ce pays qui avait le choix entre entrer dans l'Union européenne ou se rendre aux sirènes nationalistes.

Zoran Zaev, ancien chef du gouvernement macédonien
Zoran Zaev, ancien chef du gouvernement macédonien © Getty / Christoph Soeder/picture alliance

Vous nous parlez des législatives en Macédoine du nord ce matin. C'est vrai que le sort législatif de ce petit pays des Balkans d'à peine 2 millions d'habitants peut sembler anecdotique. Et pourtant, ce qui s'est décidé cette nuit à Skopje est passionnant et crucial.

D'abord la situation : la Macédoine du Nord est une épine dans le pied de toute la région depuis son indépendance de la Yougoslavie, il y près de trente ans.

S'y concentre toute la diversité ethnique de la région : une majorité slave orthodoxe, une forte minorité albanaise musulmane – ¼ de la population –, des Roms et même une minorité turque. Un concentré aussi des influences régionales.

Pour faire vite, vous avez d'un côté les nationalistes qui regardent du côté de Moscou et les sociaux-démocrates qui, eux, rêvent d'Europe et de l'OTAN. Au milieu vous avez les Albanais dont les partis servent de faiseurs de rois. Mais surtout, vous avez la Grèce !

La Grèce ne reconnaît qu'une seule Macédoine

Pendant plus de 30 ans, les Grecs ont empêché que leur petit voisin d'exister légalement en refusant que le pays porte le nom de République de Macédoine.

Pour Athènes, la seule et unique Macédoine est grecque et a pour capitale Thessalonique. Évidemment, tant d'obstination a servi admirablement les nationalistes de Skopje qui, 25 années durant, ont eu les Grecs comme repoussoir.

Puis est arrivé une sorte de miracle démocratique : en 2016, les Sociaux-démocrates – avec à leur tête un jeune dirigeant, Zoran Zaev – forment une alliance avec les partis albanais et s'emparent du pouvoir. Là, tout se dénoue.

Zoran Zaev réussit à accomplir en 30 mois ce qu'aucun de ses prédécesseurs n'était parvenu à faire en 30 ans : d'abord signer en 2018 un accord avec la Grèce. Le pays s'appellera dorénavant la Macédoine du Nord.

Ensuite, devenir en mars dernier le 30e membre de l'OTAN. Enfin, être candidat à l'Union européenne. En quelques mois, les investissements étrangers ont doublé et la Grèce a ouvert sa frontière. Zoran Zaev est une sorte de Churchill des Balkans.

Le Churchill des Balkans et le sang, la sueur et les larmes

Bien vu ! D'autant qu'un destin ne serait pas comparable à celui de Churchill s'il n'y avait de la sueur, du sang et des larmes, non ? Il fallait donc un mauvais génie dans cette histoire. Et ce mauvais génie, figurez-vous, c'est la France.

En octobre 2019, Paris bloque les négociations d'adhésion de la Macédoine du Nord à l'Union européenne. Le 1er ministre Zoran Zaev essaie de temporiser : mais Paris boude et s'obstine et en janvier dernier, il est contraint de convoquer des élections anticipées.

Les raisons qui ont poussé la France à se raidir ainsi sont probablement excellentes. Mais il faudra qu'on prenne beaucoup de temps pour me les expliquer. Le résultat de ce véto parisien, c'est qu'il a redonné espoir aux nationalistes pro-russes et donc à Moscou.

Moscou qui fait tout pour éloigner au plus vite Skopje de Bruxelles et de l'OTAN. C'était tout l'enjeu des législatives d'hier : Bruxelles ou Moscou. Le suspense dure encore. Les deux camps obtiennent 35 à 36% des suffrages avec un avantage pour les Europhiles.

À terme, les sociaux-démocrates devraient s'entendre avec les partis albanais et donc conjurer la fameuse malédiction churchillienne qui veut qu'un héros conduit son peuple à la victoire mais perd les élections. Et c'est tant mieux, n'en déplaise à Paris

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