La crise se développe en Iran. Ce n’est pas l’insurrection contre les mollahs. La crise reste rampante mais, malgré l’intervention des miliciens du régime, les manifestations n’ont pas cessé depuis mardi à Téhéran, elles se sont même étendues à cinq autres villes, Chiraz, Gohardasht, Ispahan, Ahvaz et Machhad, et près de deux cent cinquante personnalités iraniennes viennent de dénoncer comme une « hérésie » l’exercice d’un « pouvoir divin et absolu » qui inspire « la peur aux gens ». « Le peuple a le droit de superviser l’action de ses dirigeants, de les conseiller, de les critiquer, de les conduire à la démission ou de les évincer s’il n’est pas content d’eux », écrivent ces personnalités dont la déclaration a d’autant plus de poids qu’elles ne sont pas étrangères au régime islamique. Religieux libéraux ou proches du Président de la République, Mohammad Khatami, elles représentent au contraire tous les grands courants réformateurs du pouvoir en place qui se solidarisent ainsi de manifestants dénoncés par les conservateurs comme de simples « mercenaires » des Etats-Unis. Divisé depuis l’élection de Mohammad Khatami en 1997, le régime est en train d’éclater car les conservateurs refusent tout changement et que les réformateurs ne veulent, eux, pas perdre la confiance d’une population qui aspire à plus de bien-être et de liberté. On atteint, peut-être, là, le point de rupture en Iran, l’épuisement des espoirs de réforme et la cassure d’un régime fissuré de l’intérieur depuis six ans. Jusqu’à présent, conservateurs et réformateurs avaient su jusqu’où ne pas aller trop loin pour éviter la guerre civile. Les conservateurs entravaient l’action des réformateurs qui se faisaient, eux, régulièrement réélire, dans les municipalités, au Parlement et à la Présidence de la République. Chacun bloquait l’autre mais après tant d’années de surplace et de guérilla permanente, avec un chômage croissant et soixante-dix pour cent d’Iraniens de moins de 30 ans, deux légitimités constitutionnelles sont maintenant face à face, celles du suffrage universel et celle de l’appareil religieux qui contrôle les forces armées, la Justice, la télévision et peut s’opposer à toute décision des pouvoirs législatif et exécutif. D’un côté, l’Etat, un Etat sans vrai pouvoir mais procédant de la volonté populaire exprimée par les élections. De l’autre, l’appareil religieux qui ne gouverne pas en direct mais dispose d’un droit de veto sur tout et de l’appareil répressif avant tout. Longtemps, les réformateurs ont espéré circonvenir ce pouvoir au dessus des élus, l’amener à composer en lui faisant comprendre que c’était la réforme ou la révolution mais le moment de l’épreuve de forces paraît maintenant approcher car la situation régionale a changé. Depuis la chute de Saddam Hussein, les forces américaines encerclent l’Iran, présentes en Afghanistan, en Irak et dans le Golfe. Impatients, déçus par les réformateurs, las du blocage, les Iraniens espèrent maintenant que les Américains fassent subir aux mollahs le sort de Saddam. C’est une révolution qui couve sous cette crise.

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