Quelques dévoyés, disait la Maison-Blanche, qui ne représentent pas l’Amérique. C’est vrai. Ces soldats qui ont torturé en Irak n’incarnent pas la démocratie américaine mais tout, en revanche, laisse voir, maintenant, qu’ils agissaient sur ordre, dans le cadre d’une politique délibérée, préparée et voulue aux plus hauts niveaux de l’équipe présidentielle. Lundi, le New York Times révélaient que, dès le mois de novembre dernier, des soldats américains avaient alerté leur hiérarchie sur ces sévices et, notamment, sur le cas de cinq généraux irakiens particulièrement maltraités. Cela n’avait pas eu la moindre conséquence, pas plus que les démarches de la Croix-Rouge internationale qui avait, elle, alerté le commandement américain dès le mois de mai 2003, il y a plus d’un an. Bien avant de recevoir, en janvier dernier, les effarantes photos prises à la prison d’Abou Ghraïb, le commandement américain savait ainsi tout de ce qui se passait dans ses centres de détention. Si le Pentagone le savait, il serait étrange, et plus grave encore, que la Maison-Blanche n’ait pas également été au courant mais il a fallu attendre que la presse américaine publie les photos d’Abou Ghraïb pour que l’équipe présidentielle s’émeuve. Georges Bush et ses hommes n’ont réagi que lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement mais ce n’est pas seulement pour que ce scandale n’entache pas l’image de l’Amérique qu’ils ont si longuement tenté de l’étouffer. C’est, surtout, parce que de longs mois avant l’invasion de l’Irak, en août 2002, après l’intervention contre le régime des talibans, la Maison-Blanche avait demandé au Département de la Justice d’étudier dans quelle mesure la Convention internationale contre la torture, ratifiée par les Etats-Unis en 1994, limitait ce qu’on appelle les techniques d’interrogatoire par l’armée américaine. L’avis rendu alors par les conseillers juridiques du gouvernement a été publié par le Washington Post. Il est terrifiant car, après avoir expliqué que des « actes cruels, inhumains ou dégradants » peuvent ne pas être d’une « intensité suffisante » pour tomber sous le coup de l’interdiction de la torture, le département de la Justice conclue que « l’application de la loi empiéterait sur l’autorité constitutionnelle qu’a le Président de mener la guerre ». Aux yeux du Département de la Justice, il était, autrement dit, du droit et du devoir du Président américain de faire torturer. Voilà pourquoi on torturait à Abou Ghraïb, pour respecter la Constitution, devoir auquel un Président ne saurait se soustraire. Voilà pourquoi l’ancienne responsable des centres de détention américains en Irak, la générale Karpinski, a pu déclarer, hier, à la BBC qu’elle n’était qu’un bouc émissaire, que les ordres étaient de traiter les prisonniers « comme des chiens », de les « guantanomiser », a-t-elle dit en référence à cette base de Guantanamo sur laquelle les Etats-Unis détiennent des prisonniers depuis 2001 en dehors de toute loi, américaine ou internationale. Voilà pourquoi la générale Karpinski a suggéré qu’on interroge sur tout cela le général Sanchez, l’homme que le Pentagone a relevé, hier, le même jour, de ses fonctions de patron des troupes que les Etats-Unis commandent en Irak.

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