Tout annonce un échec - un pugilat sur le budget venant s’ajouter à la crise institutionnelle - mais les jeux sont-ils aussi faits qu’il le paraît ? Tout le laisse penser, oui, c’est un fait, puisque Tony Blair ne veut rien céder sur le rabais britannique à moins que Jacques Chirac ne recule sur la Politique agricole commune ce que le Président français refuse avec autant de fermeté. Ce seul bras de fer promet un blocage et, quand bien même Français et Britanniques parviendraient-ils à un compromis, resterait à trouver un accord acceptable pour des pays comme la Hollande qui enrage d’être le plus gros contributeur par tête d’habitant, comme l’Espagne qui n’entend pas que l’élargissement la prive de trop des aides dont bénéficient ses régions ou l’Italie qui brandit, depuis le début de la semaine, une menace de veto si ses intérêts nationaux étaient mis en cause. Même avec une prolongation des débats à la journée de samedi – elle est probable – le Conseil européen qui s’ouvre cet après-midi ne devrait apparemment pas pouvoir démentir le pessimisme ambiant. C’est si vrai que Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois qui préside l’Union jusqu’à la fin du mois, se dit « pratiquement certain » qu’il n’y aura pas d’accord sur le budget à ce sommet mais le fait aussi que tout marchandage exige une dramatisation. La certitude est que la partie sera serrée mais c’est précisément parce qu’elle le sera que les postures sont si raides et, au-delà des chiffres, de sommes qui comptent pour chacun des Etats membres en cette période de croissance molle et de duretés sociales, il y a la politique. Elle aussi va compter car en soulevant la question du rabais britannique, Jacques Chirac a su mettre Tony Blair sur la sellette. Ce n’est pas seulement la France qui lui demande là des concessions. C’est toute l’Union, vingt-quatre pays dont la présidence luxembourgeoise, dont Jean-Claude Juncker, donc, le sage de l’Europe qui est en l’affaire soutenu par le Président de la Commission, José Manuel Barroso, pourtant politiquement proche de Tony Blair. Si le Premier ministre reste intraitable, il devra ainsi endosser la responsabilité d’un échec et se résigner à ne rien pouvoir faire aux commandes de l’Union qu’il prend le 1er juillet dans le cadre de la présidence tournante. Il perdrait alors l’occasion d’animer le débat qui va s’ouvrir sur les moyens de remettre l’Europe sur ses rails après le naufrage de la Constitution, d’en fixer l’ordre du jour et les termes – de prendre, en bref, le relais d’un couple franco-allemand mis au repos forcé par le 29 mai. Pour la Grande-Bretagne, l’enjeu est énorme. Il vaut bien quelques milliards d’euros et Tony Blair pourrait d’autant plus être tenté de sacrifier son intransigeance au bien commun, de le faire à la dernière minute, que Jean-Claude Juncker vient de lui paver la route. Le Luxembourg a en effet proposé, hier, que le rabais britannique ne soit pas diminué mais gelé jusqu’en 2013, jusqu’à l’année d’expiration du compromis en cours sur le Pac, ce qui permettrait de lier alors, mais seulement alors, les deux dossiers. Cette proposition est acceptable pour Jacques Chirac qui y a donné son assentiment. A hauts risques, ce sommet n’est peut-être, pas encore joué.

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