Si l’on pouvait encore en douter, c’est maintenant clair. La panne est là, si évidente et durable que les dirigeants des 25 pays membres de l’Union européenne se sont officiellement déclarés, hier, incapables d’échafauder un nouveau Traité institutionnel avant la fin de l’année qui suivra la présidentielle française de 2007. Trente mois durant, et sans doute plus, l’Union va ainsi vivoter sur ses anciens Traités, notoirement inadaptés à sa nouvelle taille. Elle y survivra. L’Union n’est pour autant pas morte car chacun de ses 25 membres sait bien que, crise ou pas, il se porterait encore plus mal sans elle mais comment l’Europe pourra-t-elle finir par dépasser cette impasse ? Il n’y a pas de réponse donnée à cette question mais les deux principaux problèmes auxquels l’Union se heurte le font, en fait, entrevoir. Le premier est la perte de sens. Maintenant que plus personne ne peut, heureusement, plus croire à la possibilité d’une guerre entre les puissances européennes et que la menace soviétique n’est plus là pour serrer les rangs de l’Europe, ses deux grandes raisons d’être passées, la paix et la constitution d’un front commun contre l’URSS, ne sont plus là pour transcender les difficultés d’une entreprise d’unification sans précédent dans l’Histoire. L’Europe doit aujourd’hui faire la preuve de son utilité en répondant aux défis d’aujourd’hui - en permettant, autrement dit, d’offrir des solutions communes aux problèmes communs que sont les approvisionnements énergétiques, la sécurité, l’environnement et la nécessité, surtout, de peser ensemble, technologiquement, économiquement, industriellement, politiquement et militairement dans un monde qui sera de plus en plus dominé par de grands ensembles face auxquels les Etats nations européens ne peuvent plus guère peser seuls. L’Union européenne doit donc trouver son nouvel élan dans des projets concrets qui la rendent plus forte dans tous ces domaines. Le second problème auquel elle est confrontée est celui de ses frontières. C’est un problème paradoxal puisqu’il il procède du succès même de l’Union, de sa force d’attraction qui pousse de plus en plus de pays à vouloir en devenir membres un jour. Il y a pire drame qu’un tel succès qui pourrait faire de l’Union la première puissance mondiale mais il n’en est pas moins sérieux car l’Europe ne se retrouve plus dans cette expansion dont on peut craindre qu’elle ne menace ses finances, son identité et ses capacités de fonctionnement. Or il y a une réponse à ces deux problèmes. Pour que l’Union puisse à la fois s’affirmer sans être bloquée par la règle de l’unanimité et continuer de s’ouvrir sans se diluer dans une zone de libre-échange sans volonté politique, il faut que ceux de ses membres qui veulent aller plus loin et plus vite pour en former une avant-garde décident de s’unir au sein de l’Union. C’est la vieille idée du « noyau dur ». Elle n’est pas facile à mettre en œuvre, demandera beaucoup de volontarisme et suscite encore plus de résistances mais devient, chaque jour, plus incontournable.

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