Bien qu'elle y fasse de plus en plus penser, l’Union n’est pas le Titanic. Elle a des acquis, des institutions, des traités sur lesquels fonctionner mais, depuis ce « non » irlandais, l’Union est à la dérive, panne de moteur, plus de boussole, et sa situation est alarmante pour trois raisons. Si ses Etats, d’abord, avaient voulu la refonder sur un nouveau traité il y a trois ans, s’ils avaient, ensuite, inventé ce mini traité que les Irlandais viennent de rejeter, c’est que ses institutions actuelles ne répondent plus ni à sa taille d’aujourd’hui ni à la nécessité de décider ensemble dans des domaines de plus en plus nombreux. Déjà contraignante à 6, la règle de l’unanimité est devenue, à 27 et bientôt plus, la recette assurée de la paralysie, de ces interminables négociations à huis clos menant à des compromis toujours plus byzantins, incompréhensibles et tiédasses. Non seulement ce nouveau blocage va mener à un peu plus de tout cela – de ce que les citoyens ont raison de ne plus supporter car ce n’est plus supportable – mais l’Union, deuxième problème, ne pourra se doter ni d’un président ni d’un ministre des Affaires étrangères, les deux grandes avancées prévues avec l’extension du vote à la majorité. L’Union continuera de ne pas être incarnée. Elle ne pourra pas, non plus, mettre en place le service diplomatique commun qui devait contribuer à la formulation d’une diplomatie commune et l’incertitude dans laquelle elle est retombée n’aidera enfin pas à prendre quelque décision quoi que ce soit. La situation est si grave qu’il ne s’agit plus de colmater. Dans leur désarroi, les gouvernements nationaux imaginent de poursuivre les ratifications par voie parlementaire, d’arriver à 26 « oui » et de se retourner alors vers l’Irlande, avec quelques précisions solennelles sur tel ou tel point, quelques exceptions nationales de plus et une question : « Vous en êtes ou pas ? ». C’est une vieille recette. Elle a marché plusieurs fois mais, outre que ce « non » pourrait bien être réitéré cette fois-ci et que les plus libéraux des Européens, ceux qui ne veulent que d’un grand marché, s’activent déjà, à Londres et à Prague, pour tout bloquer, cette rustine ne résoudrait rien. L’Europe fait désormais trop peur à trop d’Européens pour continuer à recourir à de tels expédients. Bien résumé, samedi, par Nicolas Sarkozy, son drame est qu’elle inquiète au lieu de rassurer et que ses citoyens en attendent des solutions concrètes qu’elle ne leur fournit pas. On va s’y mettre, a donc, dit, le président français, mais il ne suffit malheureusement pas de le dire pour le pouvoir. Les gouvernements sont trop divisés et bloqués par l’unanimité pour passer à cette vitesse supérieure. On n’y parviendra que le jour où les citoyens prendront le pouvoir dans l’Union, où il y aura des forces politiques paneuropéennes en présence, des programmes européens en débat et des majorités élues à Strasbourg pour les appliquer en prenant le pouvoir à la Commission, forts du mandat populaire qu’ils détiendront. C’est aux partis d’agir pour donner à l’Union la démocratie dont l'absence la mine.

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