Le diable est dans les définitions. Entre trois crises financières, du krach de Wall Street à la panique sur les dettes publiques européennes en passant par les comptes grecs, la France et l’Allemagne avaient fini par se mettre d’accord sur la nécessité d’un gouvernement économique de l’Europe. Cette idée que la France et le Benelux avaient longtemps été seuls à défendre, non seulement Angela Merkel s’y était ralliée dès l’année dernière mais le président français et la chancelière allemande avaient réussi, dans la foulée, à la vendre aux 25 autres chefs de gouvernement. Au milieu des tempêtes financières, l’ensemble de l’Union avait ainsi admis qu’elle ne pouvait plus continuer à avoir un marché commun et, surtout, une monnaie unique, sans tendre à harmoniser ses politiques budgétaires, fiscales et sociales. C’était un très grand progrès. C’est un acquis mais restait à donner un contenu à ce gouvernement économique et, là, Français et Allemands divergeaient. Pour la France, c’est les 16 pays de l’euro, qu’il fallait organiser sous ce chapeau, avec des sommets réguliers et un secrétariat commun. Pour la France, il fallait, autrement dit, constituer une avant-garde de l’harmonisation au sein de l’Union, mettre les bouchées doubles avec ceux des pays européens qui sont, déjà, plus unis que les autres et qui ont le plus besoin de rapprocher leurs politiques en raison de leur appartenance commune à l’euro mais ce n’est pas ainsi que l’Allemagne voyait les choses et c’est elle qui l’a emporté. Pour l’Allemagne, ce gouvernement économique devait se faire à 27, avec toute l’Union, pour trois raisons. La première est que l’Allemagne ne voulait pas que se créent, de fait, deux Europe au sein de l’Union, l’une qui aurait été économiquement intégrée et l’autre pas, ou moins en tout cas. La deuxième est que l’Allemagne est très présente en Europe centrale, dans ces nouveaux pays membres qui ne font pas encore partie de l’euro, et qu’elle ne voulait pas sembler s’en éloigner au profit de l’émergence d’un bloc des plus anciens membres. Quant à la troisième, la plus profonde, elle est que l’Allemagne était plus que réticente à l’idée de se retrouver isolée dans un groupe à 16 où son orthodoxie monétaire n’est pas dominante et qui aurait pu l’entrainer, surtout, vers une fédération au sein de l’Union dont les seize pays auraient été solidairement responsables d’une économie devenant commune. Cette dynamique, l’Allemagne n’en voulait pas car, autant elle a maintenant admis qu’il fallait œuvrer à une harmonisation des politiques européennes, autant elle tient toujours à ce que chacun des 27 se sente responsable de ses décisions, s’autodiscipline et ne puisse pas se reposer sur la solidarité des autres. C’était la conception que les Allemands avaient imposée au moment de l’introduction de l’euro. Ils y sont restés fidèles malgré les nouvelles solidarités qu’ils ont acceptées à chaud, au fil des récentes crises, et c’est pour cela qu’Angela Merkel a refusé, lundi soir, le gouvernement à 16 que prônait Nicolas Sarkozy. Une fois de plus, l’Europe avance trop lentement mais c'est ainsi. Tant qu’elle ne sera pas fédérale, l’Europe ne progressera que par compromis, à demi pas et, jamais, à grandes foulées.

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