En Chine, le parallèle n’a échappé à personne. C’est le harcèlement policier dont un jeune maraîcher avait été victime qui avait déclenché les manifestations tunisiennes à l’origine du printemps arabe et c’est le même genre de violences policières contre une jeune marchande ambulante, enceinte et jetée à terre en même temps que son mari, qui a provoqué, la semaine dernière, de véritables émeutes dans la périphérie de Canton. Des travailleurs migrants, immigrés de l'intérieur, venus du centre du pays chercher un emploi dans cette province exportatrice ont vandalisé des bâtiments publics et brûlé des véhicules de police avant d’affronter les forces antiémeutes dépêchées sur les lieux. Hier encore la situation restait tendue et, la même semaine, des incidents similaires avaient éclaté d'une part, dans cette même province du Guangdong après qu’un ouvrier eut été blessé à l’arme blanche pour avoir réclamé son salaire et de l'autre, dans la province centrale du Hubei où 1500 manifestants se sont opposés à la police après la mort en garde en vue d’un élu local qui défendait la population contre des mesures d’expropriation. La Chine connaît chaque année des milliers d’explosion de colère mais, particulièrement violentes, celles-ci ont d’autant plus frappé les autorités qu’elles font suite à plusieurs journées de grève, en avril, des chauffeurs de poids lourds du port de Shanghai et à de sérieux troubles, le mois dernier, en Mongolie intérieure où la surexploitation des ressources minières est vécue comme une spoliation nationale. L’atmosphère a quelque chose d’électrique en Chine et la première raison en est le recul du pouvoir d’achat. En hausse, l’inflation vient d’atteindre le taux de 5,5%, son plus haut niveau depuis trois ans. Les prix alimentaires se sont envolés de près de 12% le mois dernier. Les plus défavorisés – paysans, ouvriers migrants et retraités – ont de plus en plus de mal à survivre et ces difficultés du moment s’ajoutent à des problèmes de fond. Gagnées par l’ivresse de l’enrichissement rapide et totalement corrompues, les autorités locales prêtent systématiquement la main aux plus riches au détriment des plus faibles dont les droits sont outrageusement bafoués sitôt qu’ils entrent en contradiction avec ceux des puissants. Non seulement l’appareil communiste est devenu le bras armé des nouveaux capitalistes mais les pauvres n’ont d’autre recours que la violence car, à l’exception de quelques rares avocats et magistrats s’efforçant de limiter l’arbitraire, il n’y a pas de justice indépendante devant laquelle faire valoir ses droits. Dans un combat inégal, la masse des Chinois se heurte à l’alliance du pouvoir et de l’argent et cela est d’autant plus explosif que les drames provoqués par les fraudes sur l’alimentation et la construction s’ajoutent régulièrement au scandale permanent d’une pollution ravageuse provoquée par une industrialisation sans contrôle et à l’effroyable brutalité sociale dont les travailleurs migrants sont victimes. Tant que la croissance se maintiendra, la Chine restera stable mais le jour où l’espoir de lendemains meilleurs s’amenuisera, le plus peuplé des pays du monde tremblera.

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