En nombre d’hommes, ce n’est pas une bien grande force. L’Etat islamique en Irak et au Levant, le groupe jihadiste qui a pris le contrôle, mardi dernier, des régions sunnites du nord de l’Irak après avoir assuré son emprise, depuis septembre, sur d’importantes zones du territoire syrien, ne compte pas plus de 12 000 combattants mais dispose, en revanche, de deux atouts de taille.

Le premier est d’avoir été systématiquement ménagé, voir appuyé, par le pouvoir syrien qui a considéré qu’il était de son intérêt de pouvoir assimiler l’insurrection démocratique qu’il combat depuis 2011 à des extrémistes dont même al Qaëda condamne le fanatisme. Cela permet à Bachar al Assad de dire que c’est lui ou ce qu’il y a désormais de pire au Proche-Orient. C’est pour cela que son armée ne bombarde pas les positions de l’Etat islamique alors qu’elle pilonne sauvagement celles des groupes laïcs ou plus modérés. C’est pour cela que l’insurrection doit se battre aujourd’hui sur deux fronts, contre les soldats de Bachar al Assad et contre ceux de l’Etat islamique qui a ainsi pu s’imposer comme une force dominante sur le champ de bataille qu’est la Syrie.

Il a pu le faire avec d’autant plus de facilité que ses principaux cadres viennent d’Irak où ils disposent de bases arrières et des grandes complicités parmi les sunnites irakiens, dans cette minorité qui dominait le pays sous Saddam Hussein, que les Américains avaient commis l’erreur fatale de marginaliser et de chasser de l’armée et que le pouvoir actuel, dominé par la majorité chiite, ne fait absolument rien pour se concilier, et bien au contraire.

C’est le deuxième atout de l’Etat islamique auquel les tribus sunnites prêtent donc aujourd’hui la main dans le nord de l’Irak, non pas parce que les sunnites irakiens seraient particulièrement acquis à son fanatisme mais parce que l’ennemi de mon ennemi – en l’occurrence du Premier ministre chiite en poste à Bagdad – est mon ami, pour un temps en tout cas. C’est ainsi que l’Etat islamique dispose désormais d’effectifs beaucoup plus importants que les siens et qu’il étend son emprise sur les régions sunnites du nord-ouest de l’Irak mais est-ce à dire qu’il pourrait bientôt s’attaquer à Bagdad ?

Ce n’est nullement exclu mais il prendrait alors trois risques majeurs. Il lui faudrait marcher à découvert sur la capitale et s’offrir en cible à des frappes aériennes. Il s’exposerait à une forte résistance puisque les chiites sont très nombreux, armés et bien organisés à Bagdad et cela conduirait, enfin, les Etats-Unis à faire intervenir leur aviation et l’Iran chiite à s’engager plus encore aux côtés des chiites iraniens. Logiquement l’Etat islamique ne devrait pas se lancer dans cette aventure mais se concentrer bien plutôt sur son objectif fondamental : l’organisation, sous sa loi, d’un territoire sunnite s’étendant à cheval sur l’Irak et la Syrie.

Il en aurait les moyens puisque Bachar al Assad ne pourrait pas se retourner contre lui sans redonner souffle aux modérés de l’opposition syrienne, que le pouvoir irakien est affaibli et que les Etats-Unis ne brûlent pas d’envie de jeter leurs forces dans un chaos qu’ils ont largement créé en refusant d’intervenir en Syrie ou ils auraient dû le faire après être intervenu en Irak où ils auraient évidemment dû s’en garder.

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