Où l'on voit qu'une destitution de Donald Trump n'est pas déjà d’actualité mais qu'il s'en rapproche à grands pas...

« Un tournant majeur », dit le Washington Post de ses propres révélations. C’en est un, c’est vrai, puisqu’il n’est certainement pas anodin que le président des Etats-Unis soit désormais sous enquête d’un procureur spécial, bénéficiant de pouvoirs quasiment absolus et cherchant à déterminer s’il aurait, ou non, tenté d’entraver la Justice.

Dans l’affaire des liens entre la Russie et son équipe de campagne, Donald Trump pourrait bientôt se retrouver accusé de la même violation de la loi – « entrave à la Justice » – qui avait conduit le Congrès à examiner la possibilité d’une destitution de Bill Clinton en 1998 et de Richard Nixon en 1974. C’est encore moins anodin mais cela signifie-t-il que l’actuel président pourrait un jour, proche ou lointain, faire face à une procédure d’impeachment ?

On n’en est pas là, mais ce n’est nullement impossible.

Ce n’est même nullement improbable car il ne semble guère discutable que Donald Trump ait essayé de faire classer sans suites les enquêtes ouvertes contre Michaël Flynn, son éphémère conseiller à la sécurité nationale qui avait d’étranges et bien étroites relations avec l’ambassadeur russe à Washington. Il était intervenu pour cela auprès de James Comey, patron du FBI qu’il a depuis relevé de ses fonctions. Il était également intervenu auprès du patron du renseignement, Daniel Coats, pour qu’il intervienne auprès de James Comey.

Lourd, le dossier s’alourdit sans cesse mais l’ouverture d’une procédure de destitution, ce n’est pas plus un procureur spécial que la Justice qui en décide. C’est le Congrès, institution non pas judiciaire mais politique.

Or le Congrès est majoritairement républicain.

La majorité des représentants et des sénateurs appartient au même parti que Donald Trump et ces élus vont donc maintenant se poser une question qui n’a pour l’instant pas de réponse évidente. Aux élections parlementaires de novembre 2018, vont-ils se demander, serai-je plus menacé si un président de mon camp est au bord d’une destitution pour collusion avec la Russie ou si j’ai refusé ma voix à l’ouverture d’une procédure d’impeachment contre lui ?

Ces élus vont suivre la progression de l’enquête judiciaire. Ils vont scruter l’évolution de l’opinion qui est déjà à 60% hostile à Donald Trump, un record après un si court exercice du pouvoir. Chacun va beaucoup hésiter mais, outre que le rythme des révélations sur l’affaire russe s’accélère, les Républicains pourraient bien être obligés d’aller vers une destitution car, bien plus grave encore que la collusion avec Moscou et l’entrave à la Justice, ce président est tout simplement un dangereux incapable.

Ce n’est pas que ses politiques soient bonnes ou mauvaises. C’est qu’il a décrédibilisé l’Otan, s’est mis les Européens à dos et qu’avec l’affaire du climat, il a isolé les Etats-Unis, comme ils ne l’ont jamais été de leur Histoire. Inculte, suffisant et totalement imprévisible, Donald Trump est à lui seul une atteinte à la sécurité de son pays et c’est cela, avant tout, qui pourrait forcer son destin.

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