Les Américains pressent les Européens de « choisir leur camp » dans la confrontation avec la Chine, mais une partie des dirigeants européens préfère une « troisième voie » indépendante.

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, au cours de la visioconférence qui a réuni lundi les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE et Mike Pompeo, le Secrétaire d’État américain. Principal sujet : la Chine…
Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, au cours de la visioconférence qui a réuni lundi les 27 ministres des Affaires étrangères de l’UE et Mike Pompeo, le Secrétaire d’État américain. Principal sujet : la Chine… © AFP / Virginia Mayo / POOL / AFP

Le débat est lancé, et il devrait être l’un des plus importants pour l’avenir de l’Europe et sa place dans le monde. Les Européens doivent-ils s’aligner sur les États-Unis dans leur affrontement croissant avec la Chine, ou défendre leurs intérêts spécifiques ?

C’est une question qui est posée au niveau européen, et dans chacun des États-membres. En France, le débat mobilise les experts stratégiques, et rappelle à bien des égards les vieux clivages de l’époque de la guerre froide, entre atlantistes, favorables à donner la priorité à la relation avec Washington, et partisans d’une « troisième voie », indépendante.

Une petite phrase prononcée dimanche soir par Emmanuel Macron a fait réagir, celle où le Président plaide pour une « Europe indépendante », « face à la Chine, aux États-Unis, et dans le désordre mondial que nous connaissons ». 

Une telle formule, qui semble mettre sur le même plan les États-Unis et la Chine, fait bondir les « Atlantistes » de 2020. A leurs yeux, on ne peut pas hésiter entre la « démocratie imparfaite » que sont les États-Unis, et la véritable dictature chinoise.

De plus en plus, les Américains demandent à leurs alliés de « choisir leur camp ». Mike Pompeo, le Secrétaire d’État de Donald Trump, était hier en visioconférence avec les 27 ministres des Affaires étrangères européens pour sonner la mobilisation. Il avait fait précéder cette réunion d’une vidéo dans laquelle il décrivait les différences de valeurs entre la Chine et les États-Unis.

Mais les Européens ne l’entendent pas tous ainsi. Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a fait référence il y a quelques jours à la chanson de Frank Sinatra « My Way », « mon chemin », pour expliquer que l’Europe ne suivrait pas aveuglément les États-Unis sur la Chine, mais défendrait ses propres intérêts.

Plusieurs dirigeants européens, la Chancelière Angela Merkel en tête, ont surtout une réaction épidermique face à Donald Trump, et ne veulent pas se laisser embarquer dans sa croisade. A force de traiter l’Union européenne en « ennemie », le président américain a généré un réflexe de méfiance.

Les Européens tentent de définir une position commune. Sans entrer dans la confrontation comme les États-Unis, les « 27 » ont déjà durci leurs positions face à Pékin sur les questions économiques, mais aussi, c’est nouveau, avec la publication d’un rapport consacré à la désinformation chinoise en Europe pendant le coronavirus.

Mais les Européens considèrent que la Chine peut être un « partenaire » sur certains sujets, comme le climat, déserté par les Américains, et un « rival systémique » sur le plan politique, pour reprendre la formule de la Commission européenne l’an dernier.

Emmanuel Macron, lui, estime que l’Europe doit exister de manière autonome si elle ne veut pas être la victime des deux géants, soit parce qu’ils s’affronteraient, soit à l’opposé, parce qu’ils s’entendraient trop bien. L’Europe, qui n’a jamais su faire un tel choix par le passé, est au pied du mur.

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