C’est comme le début d’une nouvelle phase. Au Proche-Orient, c’est comme si les armes se taisaient, comme si chacun se préparait maintenant à une nouvelle bataille, non plus militaire mais politique. La droite israélienne se divise, la gauche revient en scène et Yasser Arafat annonce, lui, une « totale refonte » de l’Autorité palestinienne qui nous permettrait, dit-il, de « réaliser nos aspirations à l’indépendance et à la liberté ». Pressé de toutes parts, par les Etats-Unis, l’Europe, Israël et les pays arabes, par les Palestiniens surtout, d’en finir avec le régime personnel, d’introduire un minimum de transparence dans son mode de gouvernement, Yasser Arafat vient d’annoncer hier de nouvelles élections. C’était un autre homme, parlant d’une « totale séparation » des trois pouvoirs, exécutif, judiciaire et législatif, de la nécessité de « réévaluer notre politique » et de « réparer les erreurs ». « La paix demeure notre option stratégique, a-t-il affirmé devant les Conseil législatif palestinien. Elle le restera. Je n’y renoncerai jamais », a-t-il ajouté, expliquant que « les opérations visant des civils israéliens ne servaient ni les intérêts ni les objectifs palestiniens », que « les opinions arabe et palestinienne en étaient désormais convaincues » et qu’il les rejetait donc une nouvelle fois. Faute d’une date pour ces nouvelles élections, faute de mesures concrètes, beaucoup de Palestiniens, élus ou personnalités, ont très prudemment réagi. L’Europe et les Etats-Unis, presque plus positifs, attendent aussi des actes mais Yasser Arafat vient, là, de faire d’une pierre trois coups. Il se replace sur le terrain politique et parle réformes, comme les Etats-Unis l’y avaient vivement incité. Il coupe l’herbe sous les pieds d’Ariel Sharon qui venait de se refuser à négocier « avec un régime dictatorial, tyrannique et corrompu ». Yasser Arafat entreprend de se redonner une légitimité avant de reprendre le chemin des négociations mais il a aussi coupé court, hier, tenté de le faire en tout cas, à la contestation qui montait autour de lui, dans la population, dans son propre parti, dans ses services de sécurité, surtout, dont les deux têtes étaient en train de prendre langue avec les Américains et les Saoudiens. Yasser Arafat, en un mot, vient de se conformer à l’attente de Riyad et de Washington qui veulent imposer, à deux, un règlement fondé sur la coexistence de deux Etats de part et d’autre des frontières de 1967. Les Travaillistes n’ont rien fait d’autre. Pour ainsi dire muets depuis l’élection d’Ariel Sharon et leur entrée dans le gouvernement de coalition, ils ont réaffirmé, hier, juste après le discours d’Arafat, leur souhait d’une paix fondée sur la restitution des Territoires occupés, le partage de Jérusalem et un statut spécial pour l’ensemble des lieux saints – bref, sur les propositions du plan Clinton et du plan saoudien, sur ce bon sens désormais défendu par l’ensemble des grandes puissances. Lâché par sa droite qui le juge trop mou, Ariel Sharon n’a plus le choix, à terme, qu’entre épouser ce mouvement ou s’isoler.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.