L’accouchement est laborieux. En conclave depuis des mois, la Convention chargée d’élaborer un projet de Constitution pour l’Europe élargie peine à trouver un consensus. Là, ce ne sont plus les « pro-guerre » et les « anti-guerre », les partisans d’une affirmation de l’Europe sur la scène internationale et les adversaires de toute idée de compétition avec les Etats-Unis, qui s’affrontent. Là, c’est « petits pays » contre « grands pays » car les Etats dont la superficie et la population sont faibles veulent être sûrs de pouvoir se faire entendre, d’exister et non pas disparaître dans la future Union, tandis que les grands, ceux qui pèseront de toute manière dans l’Europe à vingt-cinq, veulent imposer un minimum de rationalité et d’efficacité aux futures institutions européennes. D’un côté, les grands proposent donc de doter le Conseil européen, l’instance où siègent les chefs d’Etat et de gouvernement, d’un Président élu pour deux ans et demi renouvelables, d’un véritable Président de l’Europe à même d’organiser les travaux du Conseil et d’assurer une continuité dans la représentation internationale de l’Union. Cela paraît tomber sous le sens mais cela romprait avec l’actuel système de rotation qui passe, tous les six mois, les commandes à un pays différent. Avec ce système, chacun des Etats membres préside l’Union à tour de rôle et les petits voudraient, en conséquence, le conserver afin de pouvoir prendre les commandes ne serait qu’une fois tous les cent cinquante mois – six mois multipliés par vingt-cinq ans. De la même manière, tous les pays auraient droit, en l’état actuel, de désigner un représentant à la Commission de Bruxelles, l’instance qui propose et applique les directives européennes, les lois de l’Union. Cela ferait, demain, vingt-cinq commissaires, beaucoup trop de monde, on le sait d’expérience, mais les petits pays ne veulent pas renoncer à ce droit car ils craignent que les grands ne trustent alors la Commission tandis que les grands pays veulent, eux, resserrer le nombre des Commissaires pour que la Commission puisse fonctionner. Résultat, c’est la foire d’empoigne, une bataille d’autant plus complexe et byzantine que, derrière ce débat entre grands et petits, on en retrouve constamment un autre, un débat qui ne s’ouvre pas mais partage chacun des deux camps entre partisans et adversaires d’une Europe supra-nationale, d’une Union qui, petit à petit, prendrait le pas sur ses Etats membres, d’un exécutif européen procédant de l’électorat européen et non plus des Etats. Comme toujours, un compromis s’esquisse. Les petits devraient accepter que le Conseil se dote d’un Président à condition qu’on en reste aux vingt-cinq Commissaires. C’est mieux que le blocage. On fera avec mais l’Union est bien partie pour rater l’occasion de se donner de vraies institutions, lisibles et efficaces, pour esquiver, surtout, le débat essentiel, le seul, le vrai, entre l’Europe des Etats et l’Europe fédérale. Dommage et triste.

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