Ce n’est pourtant que nous soyons les seuls en crise. En Grande-Bretagne, le grand sujet est de savoir quand Tony Blair démissionnera - A l’été ? A l’automne ? Dans un an ? - car la guerre d’Irak l’a si durablement affaibli que personne n’imagine plus qu’il puisse terminer son mandat. En Allemagne, la coalition formée par la gauche et la droite fonctionne, et bien, mais comment oublier, que les électeurs étaient si peu enthousiasmés par l’un et l’autre de leurs grands partis qu’ils les ont condamnés à gouverner ensemble ? En Pologne, l’extrême droite vient d’entrer au gouvernement car la droite y est divisée et la gauche en soins intensifs. Quant aux Etats-Unis, la popularité du Président y est au plus bas, presque aussi faible qu’en France, et les Républicains désespèrent de sauver leur majorité parlementaire aux élections de novembre. Il y a partout, dans tout l’Occident, une grande confusion politique mais il y a trois raisons au moins pour lesquelles la France passe désormais pour la plus malade des démocraties. La première, la plus réelle, est que nous additionnons les crises. Il y a un demi-siècle que toute notre diplomatie est axée sur la construction européenne. L’Europe est notre création mais parce que nous nous y sentons toujours moins forts au fur et à mesure de ses élargissements, parce qu’elle nous paraît devenue l’instrument d’une libéralisation économique que la majorité des Français rejette, parce qu’on n’y parle plus le français mais l’anglais, nous la regardons maintenant avec défiance, plus soucieux d’en freiner que d’en accélérer le développement. Il y a une crise du projet français, particulièrement sensible vue de l’étranger, et cette crise s’ajoute à celles de l’emploi, de la croissance, de l’intégration, des institutions aussi et des grandes forces politiques enfin puisqu’elles sont divisées jusqu’aux batailles fratricides. A cela s’ajoute le fait que les idées libérales sont aujourd’hui dominantes dans la plupart des journaux du monde et qu’on y parle donc de nous comme d’un étrange anachronisme, d’un vestige des temps passés, rétif aux temps modernes et accroché à des idées considérées comme obsolètes. A contre-courant de l’idéologie dominante et la combattant, la France est un peu partout dépeinte comme le dernier des Mohicans, engagé dans une résistance sans avenir. Et puis, enfin, et pas seulement aux Etats-Unis, beaucoup de journaux et de milieux politiques ont d’autant moins pardonné à Jacques Chirac et Dominique de Villepin de s’être opposés à la guerre d’Irak que les faits leur ont donné raison. A les voir empêtrés dans l’affaire Clearstream, si gravement blessés que leur avenir politique paraît derrière eux, beaucoup ne cachent donc pas leur contentement.

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