Silvio Berlusconi voit en lui un disciple dont il se dit fier. Tony Blair ne cache pas l’admiration qu’il lui porte. Georges Bush ne regrette visiblement pas de le voir succéder ce matin à Jacques Chirac, mais Nicolas Sarkozy ne se compare, en fait, à aucun de ces trois hommes. Il évoque bien plutôt une figure aujourd’hui disparue, Ronald Reagan, le Président américain des années 80, l’homme qui avait initié, avec Margaret Thatcher, cette « révolution conservatrice » qui a bouleversé le monde. Contrairement à Nicolas Sarkozy, Ronald Reagan venait de la gauche. Il était plus âgé lorsqu’il a remporté sa première élection. Il était surtout beaucoup moins agile, rapide et au fait des dossiers mais l’un comme l’autre – c’est leur premier point commun – se sont imposés en candidat du renouveau sur un essoufflement de la gauche et de la droite, des grands partis et traditions de l’après-guerre. Nicolas Sarkozy prend les commandes d’une France qui n’en pouvait plus de s’abîmer dans le doute et la morosité. Ronald Reagan voulait tourner la page vietnamienne et avait envoyé au tapis un Président sortant, Jimmy Carter, qui s’était tiré dans le pied en diagnostiquant un « malaise » des Etats-Unis et tous deux se sont fait élire – deuxième similitude – en prônant un retour à l’effort, au travail, à la reconnaissance du mérite et des résultats. L’un et l’autre auront donc pourfendu « l’assistanat », l’appellation libérale et péjorative de la protection sociale. C’est leur troisième point commun mais leurs similitudes vont plus loin. Tout comme Nicolas Sarkozy n’a cessé d’invoquer Jaurès dans sa campagne, Ronald Reagan se plaisait, lui, à se présenter comme le véritable héritier de Démocrates tels que Roosevelt, Truman ou Kennedy. L’un et l’autre ont ainsi voulu dire – quatrième similitude – que leurs adversaires auraient trahi les vraies valeurs de la gauche, le respect du travail et des travailleurs, mis à mal par l’affaiblissement économique national et le recul de l’emploi. Cinquième similitude, l’un et l’autre ont, en conséquence, chanté la nation, son identité nationale, sa fierté, son « retour » prochain, en pourfendant, l’un, l’immigration clandestine et, l’autre, l’argent public gaspillé à entretenir des tire-au-flanc dont les ouvriers blancs entendaient bien qu’ils n’étaient pas de leur couleur. Comme Ronald Reagan, Nicolas Sarkozy a su jouer de la nostalgie d’une classe ouvrière que les bouleversements du monde ont privée de sa force et leur programme est fondamentalement semblable, libéralisation économique à l’intérieur mais protectionnisme, américain pour l’un, européen pour l’autre, dans les relations économiques internationales. Et puis, enfin, Ronald Reagan n’avait pas moins su profiter que Nicolas Sarkozy du trouble idéologique de la gauche pour débaucher dans ses rangs. Il y eut des « Reagan democrats » comme il y a, maintenant, des sarko-progressistes.

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