Quand on dit « certains estiment… », que ceci ou que cela, pour les en critiquer aussitôt, on vise toujours quelqu’un de bien spécifique. « Certains estiment que nous devrions négocier avec les terroristes et les extrémistes », disait Georges Bush, hier, devant le Parlement israélien. « Nous avons déjà entendu ce genre de folles illusions au moment où les tanks nazis traversaient la Pologne », ajoutait-il. « Nous avons le devoir d’appeler cela le confort illusoire de l’apaisement », disait-il encore et Barack Obama n’a pas mis longtemps à réagir. « Georges Bush sait que je n’ai jamais soutenu le dialogue avec les terroristes », a-t-il immédiatement rétorqué avant de juger « navrante » cette « attaque politicienne infondée » et d’asséner qu’il était « temps de tourner la page sur huit années d’une politique qui a renforcé l’Iran et rendu plus vulnérables l’Amérique et son allié, Israël ». Le candidat démocrate s’est senti visé – à raison, bien sûr – car, depuis qu’il s’est prononcé, au tout début de sa campagne, en faveur de contacts directs, et sans pré conditions, avec les dirigeants de pays comme l’Iran, Cuba, ou la Syrie, il est régulièrement accusé d’être un naïf invertébré dont les adversaires des Etats-Unis, les islamistes au premier chef, ne feraient qu’une bouchée. John McCain, le candidat républicain, l’a qualifié de « candidat favori du Hamas ». Sans aller jusque là, Hillary Clinton a entonné cet air et Georges Bush vient d’annoncer, hier, ce que serait l’angle d’attaque contre un homme que les Républicains regardent déjà comme leur adversaire démocrate dans la bataille présidentielle. Ces attaques sont d’autant plus déplaisantes que les Etats-Unis ont eu et auront des contacts secrets avec l’Iran, qu’ils n’ont jamais désapprouvé les conversations publiques que les Européens ont avec Téhéran, qu’ils sont évidemment en contact avec les Iraniens à travers l’Union européenne qui joue le rôle de poisson-pilote mais que chacun sait bien que ce que veut l’Iran, ce sont des contacts officiels avec les Etats-Unis. Barack Obama n’a fait que dire une évidence car rien ne pourra plus être réglé au Proche-Orient sans un compromis entre l’Amérique et l’Iran dont l’aventure irakienne a fait une puissance régionale incontournable en mettant les chiites au pouvoir à Bagdad. Sur le fond, non seulement c’est Barack Obama qui a raison et beaucoup de Républicains partagent sa position mais la critique qui pourrait lui être faite est exactement inverse. Autant des négociations directes, appuyées sur des pressions économiques, seront nécessaires, autant il n’est pas forcément habile de les annoncer à l’avance car si elles ne débouchent pas immédiatement, ce qui malheureusement serait le plus probable, il n’y a plus qu’une option : la force. Les lents rouages de la diplomatie ont leur utilité et cette réalité, Barack Obama paraît l'avoir sous-estimée.

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