Ce n’était pas que des mots. Quand François Hollande rappelait hier, au cours de sa première conférence de presse avec Angela Merkel, que les dirigeants français et allemands avaient plus souvent été de couleur politique différente que de la même et que cela ne les avait jamais empêché de travailler ensemble et très bien, il ne disait que la vérité, une vérité qu’on aurait tort d’oublier aujourd’hui.

Lorsque la chancelière soulignait que les « grandes coalitions », entre la droite et la gauche, n’ont rien d’exceptionnel en Allemagne et qu’elle en a elle-même conduit une, elle explicitait quant à elle les propos du président français. Elle voulait dire par là qu’elle n’aurait pas de difficultés particulières à trouver les compromis nécessaires avec le nouveau chef de l’Etat et que sa relation avec lui ne serait jamais qu’une grande coalition franco-allemande, entre une France à gauche et une Allemagne à droite – bref, du déjà vu, en Allemagne comme entre les deux pays.

Au-delà des cris d’alarme et d’effroi, ce n’est en effet pas plus compliqué que cela et ce l’est d’autant moins que la chancelière et le président ont su éviter les vaines postures et d’ores et déjà dégager les voies des compromis à venir. Mme Merkel n’a pas sommé François Hollande de signer le Pacte budgétaire européen qu’il veut renégocier mais seulement rappelé, sans le dire, par une simple énumération de dates, que la signature de la France était engagée. Comme François Hollande, elle a ouvert la porte à la possibilité d’aider la Grèce à retrouver les chemins de la croissance. Elle a, surtout, insisté sur la nécessité de relancer les économies européennes, le souhait fondamental du président français.

Tout en ne cachant pas que désaccords il y avait, elle a montré les terrains d’entente acquis et à venir et François Hollande n’a pas été moins diplomate. Il a prononcé le mot de « renégociation » mais pour ajouter aussitôt que les « formes juridiques » à définir dépendraient des progrès faits sur le fond. Il a laissé comprendre, autrement dit, qu’il pourrait signer le Pacte budgétaire tel qu’il est pour peu que des mesures de croissance satisfaisantes soient parallèlement adoptées par l’Union. Dès son discours de l’Elysée, le matin, il avait parlé de la « nécessaire réduction des dettes publiques » et ainsi marqué qu’il n’était pas un dépensier aveugle et ne voulait pas accroître l’endettement.

François Hollande n’a pas non plus fait la moindre allusion à une redéfinition du rôle de la Banque centrale européenne ce qui aurait été un chiffon rouge pour l’Allemagne mais en revanche parlé d’emprunts européens, l’axe d’un compromis, et dit, comme la chancelière, que la Grèce devait rester dans l’euro, qu’il fallait l’y aider mais qu’elle devait respecter ses engagements.

Un cadre a été tracé par les deux dirigeants. A leurs collaborateurs maintenant de mettre en musique un mélange, nullement introuvable, de mesures de relance libérales et keynésiennes et, comme si c’était fait, comme s’il n’y avait pas l’ombre de la possibilité d’un clash, Mme Merkel a très favorablement évoqué l’idée avancée par son hôte d’un nouveau traité bilatéral, encore plus étroit, entre la France et l’Allemagne, les deux piliers de l’Union.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.