Après que les statistiques eurent confirmé l’entrée en récession de l’économie française, François Hollande a eu des mots justes. « La récession est européenne et la solution est européenne », a-t-il déclaré hier avant d’aller s’entretenir, à Bruxelles, avec la Commission européenne et ce constat comme la conclusion qu’il en tire ne sont guère contestables.

Bien que l’Allemagne ait enregistré une très, très symbolique croissance de 0,1% au premier trimestre, c’est toute la zone euro qui est aujourd’hui en récession avec un recul moyen du Produit intérieur brut de 0,2%, celui-là même qui affecte la France. Allemagne comprise, tous les pays de la monnaie unique sont dans le même bateau et, si chacun d’eux doit remettre de l’ordre dans ses comptes, aucun d’eux ne pourra s’en tirer – non pas seulement sortir de la récession mais renouer avec une vraie croissance – en ne tablant que sur la réduction de ses dépenses dont le seul effet immédiat est de ralentir encore l’activité et de réduire les rentrées fiscales.

La zone euro ne sortira de cette crise qu’en mettant ses moyens en commun, qu’en mutualisant ses emprunts pour en diminuer les taux et qu’en procédant, surtout, à des investissements paneuropéens dans les industries d’avenir, celle qui créeront les emplois de demain. François Hollande a, oui, cent fois raisons de dire que « la solution est européenne » mais pourquoi le murmure-t-il au lieu de le hurler et de prendre la tête d’un parti paneuropéen de la croissance européenne ?

Pourquoi l’homme qui, durant sa campagne, avait su dire avant tout le monde que la rigueur était nécessaire mais mènerait dans le mur si elle n’était pas accompagnée d’un effort de croissance volontariste est-il aujourd’hui si discret, timide, elliptique, alors que les faits lui ont donné raison et que cette analyse est de plus en plus partagée, jusque dans les milieux financiers ?

Cela parait incompréhensible, mystérieux, mais il y a une explication à cela.

Si François Hollande se décidait à prendre la tête d’une campagne politique en faveur d’investissements paneuropéens dans la croissance commune, il lui faudrait faire des propositions sur une intégration européenne plus poussée, négocier avec nos partenaires, débattre des termes et conditions d’une harmonisation fiscale et sociale – consentir, en bref, à des concessions sans lesquelles il ne lui en serait pas fait. Plus délicat encore, il lui faudrait s’engager clairement sur la voie d’une union politique de la zone euro au moment même où l’impopularité de l’Union n’a jamais été aussi grande et, devant ces deux obstacles, François Hollande hésite.

Il ne veut pas dire ce qui est en fait son choix politique, la ligne directrice de toute son action, parce qu’il reste traumatisé par la violence des débats et des divisions sur le projet constitutionnel de 2005. Il préfère donc louvoyer, avancer masqué, et c’est ainsi qu’il devient toujours plus incompris des Français et se prive d’un rôle essentiel qui, pourtant, le grandirait – celui de l’homme qui aurait remis sur leurs rails l’Union européenne et ses économies.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.