Dommage, vraiment dommage, que les grandes chaînes publiques n’aient pas retransmis ce débat d’hier soir. Dommage car c’était un vrai débat sur l’Europe entre les chefs de file des cinq grands courants politiques paneuropéens – gauche, droite, Verts, centristes et gauche de la gauche. Dommage car ces quatre hommes et cette jeune femme, Ska Keller, la chef de file des Verts qui a crevé l’écran par sa fraîcheur et sa cohérence, ont su donner à voir leurs différences sans jamais s’invectiver, pas une seconde, et montrer par là qu’il n’y a pas une mais des politiques européennes.

Dommage car on vu là qu’aucun de ces grands courants ne prônait la fin de l’Union ou la sortie de l’euro et que ceux qui en sont partisans sont tellement divisés qu’ils n’ont pas pu – raison de leur absence de ce débat – se donner un chef de file transcendant les appartenances nationales. Et dommage, enfin, car on a entendu hier soir, beaucoup de choses importantes et notamment deux.

La première est qu’aucun des chefs de file de ces cinq courants n’imagine plus que le futur président de la Commission puisse ne pas être celui d’entre eux auquel le suffrage universel aura donné une majorité ou qui aura pu constituer une coalition majoritaire dans le futur Parlement. Tous ont dit qu’il y aurait déni de démocratie si les dirigeants des vingt-huit Etats membres tentaient de s’y opposer. Il y a unanimité sur ce point des cinq courants et l’on ne voit en effet plus maintenant comment le futur président de la Commission pourrait continuer à procéder d’un obscur compromis entre dirigeants nationaux et non pas du suffrage universel.

Tout semble bien dire qu’on est à la veille d’un vrai progrès de la démocratie européenne et, par conséquence, d’un rééquilibrage des pouvoirs entre la représentation des Etats et celle de l’Union, entre le Conseil européen, d’une part, où siègent les dirigeants nationaux et qui décide aujourd’hui de tout et, de l’autre, le Parlement et la Commission.

La deuxième chose importante est que l’on sentait bien hier soir, qu’au-delà de leurs différences, les cinq étaient d’accord pour promouvoir une politique sociale européenne, plus ou moins affirmée bien sûr. Le candidat des conservateurs, Jean-Claude Juncker, n’a logiquement pas cessé d’insister sur la nécessité de maintenir les politiques de redressement des comptes publics mais lui-même s’est déclaré partisan de l’instauration d’un salaire minimum européen et de la définition d’un socle social auquel tous les Etats devraient se tenir. Pour le reste, ce n’était pas la même chose. La candidate verte voulait la relance par l’investissement dans l’économie verte et les énergies renouvelables.

Martin Schulz, le candidat de la gauche, insistait, lui, sur la chasse à la fraude et l’évasion fiscales qui permettrait, disait-il, de faire l’économie de bien des économies budgétaires. Alexis Tsipras, celui de la gauche radicale, appelait à l’effacement de tout ou partie des dettes publiques. On retrouvait là tous les éléments d’identité politique de ces courants mais on comprenait aussi qu’aucun ne voulait poursuivre avec la seule rigueur et ce débat aura marqué, en un mot, les tout premiers pas d’une démocratie européenne.

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