Pour ceux qui suivent l'actualité vénézuélienne, la question se pose tous les jours depuis plus d'un an. Depuis en fait la chute des prix du pétrole qui a ruiné le pays.

(Par Anthony Bellanger)

Le Vénézuela est-il au bord de l'effondrement ?

Pour ceux qui suivent l'actualité vénézuélienne, la question se pose tous les jours depuis plus d'un an. Depuis en fait la chute des prix du pétrole qui a ruiné le pays. Mais alors que d'autres pays ont constitué des réserves en dollars pour voir venir, pas le Venezuela.

Les conséquences sont dramatiques : plus d'importations donc plus de médicaments dans les hôpitaux, plus de vivres dans les magasins qui avaient été nationalisés, des coupures d'eau et d'électricité dantesques et des files d'attente partout !

Les fonctionnaires ne travaillent plus que deux jours par semaine et uniquement le matin, pour économiser l'électricité. La réponse du gouvernement a été de décréter, mi-janvier, l'État d'urgence économique.

Concrètement, ça signifie donner tous les pouvoirs de décision à l'exécutif et court-circuitant l'Assemblée qui est aux mains de l'opposition. Bref, cet « état d'urgence » est politique, pas économique, et vient d'être prolongé et agrémenté d'un état d'exception.

Et ça ajoute quoi, cet état d'exception ?

Ca ajoute la mobilisation de l'armée contre, je cite, « la menace extérieure et intérieure ». Le président Maduro a décidé, je cite toujours, « de mobiliser l'armée, le peuple et les milices contre tout type de scénario et de coup d'État ».

Là il faut s'arrêter un peu pour bien comprendre les enjeux de cette mobilisation militaire générale. Derrière la façade révolutionnaire et « bolivarienne » ce sont les militaires qui tiennent les rênes du pouvoir.

Il y a quelques semaines, presque en catimini, le pouvoir vénézuélien a créé un organe contrôlé par les militaires à qui il a confié l'ensemble du secteur pétrolier et minier du pays. En clair, Maduro a donné aux militaires les clés du coffre.

Le schéma est connu : c'est celui qui prévaut à Cuba où l'armée contrôle l'industrie touristique, en Égypte, où elle contrôle un tiers de l'économie ou en Algérie, dont le secteur pétrolier et gazier est depuis longtemps entre les mains des militaires.

L'armée, ça sert aussi à défendre un pays des menaces extérieures...

Bien sûr, d'ailleurs ce raisonnement vaut pour l'Égypte, l'Algérie qui a la Libye et le Mali pour voisin, mais le Vénézuela ? Quels ennemis extérieurs pour le Vénézuela ? Le petit Guyana et son millier de soldats ? La Colombie qui a déjà fort à faire avec ses guérillas ?

Les États-Unis, en pleine année électorale ? Non, la vraie raison de cet état d'urgence et d'exception est l'accélération de la captation politique et économique du pays par la clique au pouvoir et par son enfant chéri et choyé : le haut commandement militaire.

Mais le Vénézuela n'est pas Cuba. Au Vénézuela, il y a une opposition, une culture démocratique profondément ancrée, ce qui veut dire des manifestations quotidiennes et des dizaines de morts à la clé, si Nicolas Maduro met ses menaces à exécution.

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