Une nouvelle divergence est apparue entre les États-Unis et l’Europe, cette fois sur l’utilisation de la technologie chinoise pour la 5G, interdite hier par Donald Trump, mais autorisée en France, en Allemagne et au Royaume Uni.

Les entreprises chinoises comme Huawei sont en pointe sur la technologie 5G.
Les entreprises chinoises comme Huawei sont en pointe sur la technologie 5G. © AFP / Li zhihao / Imaginechina

Le contraste pouvait difficilement être plus frappant. Donald Trump a signé hier un décret interdisant de fait l’utilisation du matériel du chinois Huawei par les réseaux américains. Mais au même moment, le patron de Huawei, Ken Hu, dînait tranquillement à l’Elysée, en compagnie des autres dirigeants du secteur technologique, invité hier soir par Emmanuel Macron.

L’affaire Huawei est devenue symbolique de l’état des relations avec la superpuissance chinoise. Huawei est le leader de la technologie 5G qui s’apprête à transformer nos réseaux télécoms dans les prochaines années, et les Occidentaux hésitent à confier une infrastructure aussi sensible à une entreprise chinoise.

Les Américains estiment que le risque pour la sécurité est trop grand, et, en pleine guerre commerciale avec Pékin, ont décidé de bannir le constructeur chinois. Ils ont fortement incité leurs alliés à les suivre, mais les Européens refusent. Paris, Berlin et Londres ont choisi d’autoriser Huawei à participer aux appels d’offres de la 5G, tout en sécurisant le cœur des réseaux.

Le paradoxe est que les Européens partagent bon nombre des griefs des États-Unis vis-à-vis de la Chine, sur les pratiques commerciales comme sur l’approche politique globale. Mais ils refusent d’entrer dans la logique de guerre froide de Donald Trump, qui -c’est dans sa nature- n’a pas cherché à s’allier aux Européens ou aux Japonais pour renégocier les règles commerciales avec la Chine.

Les États-Unis ont particulièrement été agacés par la décision britannique d’autoriser le matériel de Huawei, alors que Londres fait partie des « Five Eyes », les partenaires privilégiés du renseignement américain, dont ne fait pas partie la France. Cette défection britannique est sans doute le signe que les Américains ne disposent pas de preuve irréfutable du risque d’espionnage chinois via les équipements de Huawei.

Les Américains font valoir, non sans raisons, que toute entreprise privée chinoise est tenue d’obéir aux ordres du Parti communiste, et qu’en cas de tension avec la Chine, le risque est "inacceptable". Les Britanniques, qui ont testé le matériel chinois, en ont tiré des conclusions inverses.

Il y a deux enseignements à tirer de cet épisode. D’abord le signe que, comme sur l’Iran ou sur le climat, les Européens prennent de plus en plus leurs décisions de manière autonome, y compris les Britanniques malgré le futur Brexit.

Le second, c’est que sur cet enjeu majeur du XXI° siècle qu’est la relation avec le géant chinois, il y a deux approches. Celle du « containment », un terme issu de la guerre froide qui signifie « endiguement » ; et c’est celle de Trump qui veut faire mordre la poussière à son adversaire.

L’autre, pour rester dans le vocabulaire de la guerre froide, c’est celle de l’« engagement », c’est-à-dire, sans rien céder sur le fond, établir un rapport de force qui ne relève pas de l’affrontement. C’est la nouvelle stratégie européenne, symbolisée par la rencontre entre la France, l’Allemagne et la Commission européenne avec le numéro un chinois Xi Jinping en mars à Paris et qui sera sans doute renouvelée. 

Si l’Europe peut exister, c’est sur un sujet pareil qu’elle prend tout son sens.

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