Sur les blogs et dans les salles de rédaction, dans le monde politique comme dans les cafés de la capitale, c’est la nouvelle du jour en Iran. Ancien président de la République et figure de proue du camp réformateur, Mohammad Khatami pourrait bientôt annoncer le retrait de sa candidature à la présidentielle du 12 juin prochain. Rien n’est officiel mais, à en croire certains de ses proches, il leur aurait fait part de cette intention en leur expliquant qu’un autre des trois candidats réformateurs, Mir Hossein Moussavi, aurait plus de chances que lui de l’emporter contre le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, et qu’il convenait, donc, de s’unir derrière lui. Ancien Premier ministre de l’imam Khomeiny pendant la guerre que l’Irak avait lancée contre l’Iran dans les années 80, Mir Hossein Moussavi bénéficie, de fait, de trois ajouts majeurs. Comme Premier ministre du fondateur du régime, il a une légitimité que même les milieux les plus conservateurs de la théocratie au pouvoir ne lui contestent pas. Comme chef du gouvernement qui avait résisté à l’offensive irakienne, il incarne le moment le plus sacré et le plus glorifié de l’histoire du régime. Comme contempteur, enfin, de « l’extrémisme » de Mahmoud Ahmadinejad, il est reconnu par les réformateurs comme l’un des leurs, très prudent sur les changements internes mais partisan déclaré, à l’international, d’un compromis avec les Etats-Unis et d’une réinsertion de l’Iran dans l’économie mondiale qu’il considère comme vitale pour le pays. Rassurant pour les conservateurs et d’accord avec les réformateurs sur les questions économiques et diplomatiques, Mir Hossein Moussavi pourrait à la fois prendre des voix à Mahmoud Ahmadinejad et se rallier le camp réformateur – devenir, en d’autres termes, un candidat d’union et de Raison contre le président sortant. C’est, du moins, le raisonnement que Mohammad Khatami aurait tenu à ses partisans mais les discussions sont toujours en cours entre les deux hommes et reste à convaincre le troisième réformateur en lice, l’ancien président du Parlement Mehdi Karoubi, de se joindre à cette coalition. Ce n’est pas fait car, bon orateur, assez flamboyant, pourfendeur de la militarisation du pouvoir et grand avocat d’un accord avec Barack Obama, Mehdi Karoubi se considère, lui, comme le mieux placé pour battre le président sortant. Il y a beaucoup de tractations depuis hier mais le vrai problème est que la stratégie d’union prônée par Mohammad Khatami oublie l’acteur majeur de cette présidentielle qu’est l’abstention. Les jeunes Iraniens et beaucoup des cadres urbains aussi, quelques deux tiers de l’électorat, ne votent plus car ils n’attendent plus rien du régime. C’est ainsi que Mahmoud Ahmadinejad s’était fait élire il y a quatre ans et, si c’est un homme aussi peu radical et franchement suranné que Mir Hossein Moussavi qui conduit l’opposition, il y a peu de chances qu’il réveille l’espoir et mobilise les abstentionnistes. A l’inverse, Mohammad Khatami dresserait contre lui tout l’appareil du régime. La seule certitude est qu’il y a une vie politique en Iran.

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