Lorsqu’on commence à réaffirmer une évidence, c’est qu’elle n’est plus aussi évidente que cela. Israël est « un allié stratégique des Etats-Unis et le restera » a fait dire, hier, le Département d’Etat et ce rappel, parce qu’il était devenu nécessaire, donne la mesure de la crise qui ne cesse plus de s’amplifier entre les deux pays depuis l’affront fait, mardi dernier, au vice-président américain. Ce jour-là, alors qu’il recevait Joe Biden venu donner une solennité au démarrage de pourparlers indirects avec les Palestiniens, Israël avait annoncé la construction de 1600 nouveaux logements à Jérusalem-est, la partie arabe de la ville dont les Etats-Unis ne reconnaissent pas l’annexion. C’était précisément le genre de geste dont les Américains avaient demandé aux Israéliens de s’abstenir. C’était une gifle donnée aux Etats-Unis qui, loin de se contenter de la « condamnation » aussitôt exprimée par leur vice-président, ne cachent plus leur colère. Vendredi, c’est la secrétaire d’Etat elle-même, Hilary Clinton, grande amie d’Israël, qui a appelé Benjamin Netanyahu pour lui faire part de son « irritation ». C’est un « signal profondément négatif », lui a-t-elle lancé en lui disant « ne pas comprendre comment cela avait pu se produire » et en exigeant du gouvernement israélien qu’il « montre non seulement par des mots mais aussi par des faits son engagement envers sa relation avec les Etats-Unis et le processus de paix ». Dimanche, c’est l’un des plus proches collaborateurs de Barack Obama, son ancien directeur de campagne David Axelrod, qui a publiquement parlé d’une « insulte » faite aux Etats-Unis et l’ambassadeur israélien à Washington, entretemps convoqué au Département d’Etat, en est ressorti visiblement sonné. « C’est la crise la plus grave depuis 1975 », depuis le moment, autrement dit, où les Etats-Unis avaient contraint Israël à un retrait partiel du Sinaï, a-t-il estimé dans un compte-rendu à ses collaborateurs qui faisait, hier, les gros titres de la presse israélienne. En ne tournant pas la page, en faisant, au contraire, monter la pression, la Maison-Blanche tente d'amener contraindre le Premier ministre israélien à choisir entre une vraie dégradation de ses relations avec les Etats-Unis et un tournant vers de vraies négociations. Pour l’heure, Benjamin Netanyahu ne cède pas. Alors même qu’il avait été piégé, dans cette affaire, par ses alliés religieux et qu’il s’était, dans un premier temps, confondu en regrets, il a réaffirmé, hier, qu’Israël ne limiterait pas ses constructions à Jérusalem-est qu’il considère comme partie intégrante de sa capitale. Le chef de file de la droite ne veut pas mettre en péril sa coalition avec l’extrême-droite car il ne veut pas devoir faire entrer les centristes de Kadima au gouvernement sous pression américaine et perdre ainsi la conduite des négociations avec les Palestiniens. C’est une épreuve de force qui affaiblit Benjamin Netanyahu, effraie la presse israélienne et dont l’issue est incertaine.

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