Il serait difficile de lui donner tort. Lorsque François Hollande déclare hier aux grandes agences de presse : « Déjà, que certains commencent à réfléchir sur des hypothèses, des renégociations, des compléments, prouve que progresse la conscience que ce traité ne va pas », lorsqu’il dit cela il ne fait qu’énoncer un fait.

D’abord totalement isolé dans sa volonté de renégocier le pacte de discipline budgétaire adopté en décembre dernier par les chefs d’Etat et de gouvernements de 25 des 27 pays de l’Union, le candidat socialiste l’est beaucoup moins aujourd’hui. Après avoir vu là une « naïveté », les sociaux-démocrates allemands viennent de se rallier à cette proposition par la voix de leur président. « François Hollande a absolument raison de dire que ce pacte n’est que la moitié du chemin que l’Europe doit parcourir », déclarait hier Sigmar Gabriel au Monde en expliquant que ce qui « faisait défaut dans le pacte fiscal était une initiative pour l’emploi et la croissance à l’échelle européenne » - autrement dit ce que demandent les socialistes français.

L’évolution est la même chez les socialistes espagnols dont le secrétaire général, Alfredo Perez Rubalcaba, estime aujourd’hui que « le traité budgétaire, c’est beaucoup de rigueur et rien sur la croissance et qu’il est nécessaire de le compléter afin qu’il y ait de la croissance en plus de la rigueur ».

Non seulement c’est ce qu’on entendra répéter samedi, jour où François Hollande reçoit à Paris plusieurs figures de la gauche européenne, non seulement les gauches européennes sont en train de faire leur cette exigence des socialistes français, mais à droite également la musique n’est plus la même. En recevant mardi à Rome la chancelière allemande, le chef du gouvernement italien, Mario Monti, a souhaité que l’adoption du pacte budgétaire soit suivie, je cite, d’une « phase dans laquelle l’Union prête une attention analogue aux politiques de croissance ». Si les mots ont un sens, cela signifiait qu’il faut ajouter un pacte de croissance au pacte budgétaire et Angela Merkel a, de son côté, beaucoup insisté sur la nécessité de se fixer des « objectifs précis » en matière de création d’emplois – en clair, en matière de croissance.

Les choses, en un mot, bougent et bougent vite car personne n’ignore, pas plus à droite qu’à gauche, que la rigueur seule ne peut mener qu’à un recul de l’activité économique, que faire baisser les rentrées fiscales, accroître le chômage et augmenter, au bout du compte, l’endettement qu’elle veut réduire.

C’est le simple bon sens qui progresse mais est-ce à dire qu’un consensus européen se dessine ? La réponse est « non », trois fois non, car ce qui s’esquisse derrière ces rapprochements sur le besoin de croissance, c’est le débat sur les moyens de la relancer. Maintenant que les Européens se sont mis d’accord sur un pilotage commun de leurs économies, le débat monte et sera de plus en plus rude entre des droites qui veulent déréglementer pour faire jouer la concurrence et des gauche et des Verts qui prônent des investissements communs dans les industries d’avenir. Plus l’Europe s’intègre, plus elle devient politique et plus la logique voudra qu’elle se dote d’un exécutif élu, d’un gouvernement de l’Union procédant d’une majorité parlementaire choisie par l’électorat paneuropéen.

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