Cela pourrait être mieux et même beaucoup mieux. Si Napoléon Bonaparte n’avait pas eu la mauvaise idée de vendre la Louisiane qui s’étendait alors sur plus d’un cinquième de l’actuel territoire des Etats-Unis, le français aurait pu être aujourd’hui l’une des deux langues, voire la langue de l’Amérique du Nord et n’aurait alors pas perdu, au profit de l’anglais, ce statut de première langue internationale qu’elle avait conservé jusqu’à la Deuxième guerre.

Il y a des erreurs qui se paient cher. La Louisiane, ainsi nommée en hommage à Louis XIV, en est une mais la France, cette France dépressive qui croit ne plus compter dans le monde, n’en parle pas moins la cinquième ou sixième langue la plus parlée de la planète avec 274 millions de locuteurs recensés en 2014. Cela fait bien sûr peu par rapport aux populations de l’Inde ou de la Chine et au regard, surtout, de l’absolue prédominance de l’anglais dans le monde des affaires et les relations internationales mais ce chiffre ne dit pas tout.

Non seulement il est en progression de 7% par rapport à 2010 - une énorme progression en quatre ans - mais il y aura plus de 700 millions de francophones en 2050, plus de deux fois plus qu’aujourd’hui. Le français ne recule pas, il progresse et beaucoup plus vite que la population mondiale, notamment au Maghreb et dans toute l’Afrique, sur le continent qui va le plus s’affirmer dans ce siècle.

Ce n’est pas là son seul atout. Le français est aussi la langue des trois capitales européennes, Bruxelles, Strasbourg et Luxembourg. Il est également la langue la plus traduite après l’anglais, la deuxième langue apprise dans le monde et reste, derrière l’anglais et l’espagnol qu’il pourrait bientôt dépasser, l’une des trois seules langues vraiment internationales puisque le chinois et l’hindi ne sont pas parlés en dehors de leur pays alors que le français est présent ou très présent en Europe, en Afrique, en Amérique, en Asie et dans toutes les organisations internationales.

La France possède, en un mot, un trésor qu’elle ignore, sa langue qui est « l’autre langue » que l’anglais, celle que l’on aime et veut parler pour résister à l’uniformisation culturelle dont les Etats-Unis sont porteurs. Pour la France, cette langue est un incomparable instrument de rayonnement culturel, d’influence politique et d’expansion économique mais la France ne peut pas se contenter de compter sur la progression démographique des pays francophones pour développer cet atout majeur qu’est le français.

Le poids du français dépend avant tout de la France et pas seulement de sa natalité qui en aura pourtant bientôt fait, sous une génération aussi, le pays le plus peuplé de l’Union européenne. Si la France ne reprend pas confiance en elle, le français finira par reculer comme il a si spectaculairement reculé dans des pays hier encore aussi francophones que la Pologne, l’Italie ou la Turquie.

Pour s’affirmer et affirmer, avec elle, cet outil d’affirmation qu’est le français, la France doit autrement dit cesser d’avoir peur de tout, de la mondialisation, de l’islam, des Etats-Unis et de l’unité européenne. La France doit prendre conscience de sa force dont le français est le plus bel exemple.

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