Où l'on voit que la montée de l'extrême droite n'est pas une fatalité.

La participation a été exceptionnellement forte. Il a fallu installer des isoloirs supplémentaires et imprimer à la hâte de nouveaux bulletins pour permettre à ces quelques 80% de votants néerlandais de s’exprimer et non, ce ne fut pas le raz-de-marée que l’extrême droite avait espéré susciter.

Geert Wilders et son parti islamophobe et europhobe, le PVV, ont certes gagné quatre sièges, une progression non négligeable, mais ils arrivent, en-dessous de 15% des voix, loin derrière les libéraux du VVD, le parti du Premier ministre sortant Mark Rutte, solidement en tête du scrutin malgré un recul de neuf sièges. Ce match avec la droite libérale que l’extrême droite comptait bien emporter, elle l’a perdu et les bons résultats enregistrés par les Verts et les autres partis de centre gauche et de centre droit laissent entrevoir, comme on le disait avant-hier, la formation d’un gouvernement de coalition entre forces modérées et attachées à la pérennité de l’Union.

Le premier enseignement à tirer de ces résultats est qu’il n’y a rien de fatal à la montée de l’extrême droite.

Geert Wilders se voyait incontournable et prédisait déjà que les autres partis, quoi qu’ils en aient dit, seraient obligés de s’allier à lui. Un temps, les sondages avaient donné du poids à cette certitude puisqu’ils avaient fait de son Parti pour la liberté le premier parti des Pays-Bas mais, plus le jour du vote approchait, plus l’extrême droite a reculé comme si les électeurs répugnaient finalement à renverser la table et choisir l’aventure après avoir fait entendre un désir de changement, fût-il irrationnel.

Si ce scrutin néerlandais était la jauge, comme cela s’est tant dit, de la poussée de l’extrême droite en Europe, les Pays-Bas viennent de clarifier les choses en montrant que ce choix-là n’était pas celui de l’écrasante majorité des Européens. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour Mme Le Pen qui avait beaucoup tablé sur les Néerlandais pour donner un nouvel allant à sa campagne. Ce n’est pas non plus ce qu’avaient espéré les extrêmes droites italienne et allemande.

Après la présidentielle autrichienne, c’est la deuxième fois en quelques mois que l’extrême droite européenne passe à côté d’une victoire qui avait pu lui sembler acquise mais il y a un second enseignement à ce scrutin puisque la social-démocratie néerlandaise en sort laminée, en recul de 29 sièges.

Partenaires de la coalition sortante, les travaillistes ont souffert là d’une perte d’identité au profit des Verts, des centres et, sans doute, aussi de l’extrême droite au moment même où la social-démocratie allemande est au coude à coude avec la démocratie chrétienne de Mme Merkel grâce à son nouveau chef de file, Martin Schulz qui, lui, n’a pas gouverné avec la droite.

Pour être forte, la gauche doit être elle-même. Elle doit être une alternative à la droite sous peine de laisser face-à-face, comme en France, une affirmation des centres et une extrême droite à laquelle les Européens se refusent en fait à laisser les commandes.

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