Ecartons les malentendus. Ce n’est en rien la procédure d’impeachment dont Richard Nixon avait été victime qui menace aujourd’hui le Président américain. Ce n’est pas même la procédure judiciaire à laquelle Bill Clinton avait dû faire face dans l’affaire Monika Lewinski. Les difficultés de Georges Bush sont politiques mais, pour n’être que politiques, elles n’en sont pas moins graves. Jour après jour, les sondages, d’abord, sont toujours plus catastrophiques pour lui puisque, même sur la « guerre contre le terrorisme », domaine dans lequel 87% des Américains approuvaient sa politique en novembre 2001, il est désormais désapprouvé par plus de la moitié de l’opinion. Sur l’Irak, c’est encore pire puisque 52% des Américains souhaitent un retrait rapide des Etats-Unis, immédiat ou dans les douze mois, et que seuls 38% d’entre eux acceptent un maintien des troupes pour le temps qu’il faudra. Quant aux autres sujets, politique économique et sociale, crédibilité personnelle, honnêteté etc., les pourcentages disent tous que Georges Bush n’a plus la confiance des électeurs. Ce retournement de l’opinion est si clair que, deuxième problème, les élus républicains se distancent de lui et multiplient les votes de défiance en mêlant leurs voix à celles des Démocrates. L’approche des élections parlementaires de novembre prochain explique en large partie cette sécession de la majorité présidentielle. Sénateurs et représentants républicains ne veulent plus être identifiés à la Maison-Blanche mais, au-delà même de ces préoccupations électorales, ces votes traduisent une véritable inquiétude du Congrès. Les Chambres ne comprennent plus où l’aventure irakienne peut mener les Etats-Unis. C’est le sens de cette résolution adoptée, hier, par le Sénat pour imposer à la présidence de lui faire rapport, tous les trois mois, sur l’évolution de la guerre et, démocrates et républicains mêlés, le Congrès est, parallèlement, monté au créneau contre les violations du droit, tortures et détentions extra-judiciaires, organisées par la Maison-Blanche. Un profond malaise moral s’ajoute à l’inquiétude politique. Pour la première fois en cinq ans de pouvoir, Georges Bush est sur la défensive et l’on ne voit plus ce qui pourrait, maintenant, le remettre en selle. Juste retour des choses, pourrait-on se dire, mais le problème n’est pas là un homme dont les difficultés ne sont certainement pas imméritées. Le problème est qu’un échec de cet homme serait celui des Etats-Unis et qu’un échec américain en Irak serait, aujourd’hui, la victoire d’Al-Qaida, du terrorisme et de ces djihadistes qui souhaitent provoquer une confrontation avec les démocraties car ils ne doutent pas d’en sortir gagnants. Georges Bush a mis la stabilité internationale en danger et parallèlement, dans une dangereuse situation où le monde aurait besoin d’une Europe forte, l’Union est aux abonnés absents. On aurait besoin d’elle, de son poids politique et de son influence diplomatique, mais elle ne parvient pas à rebondir après son propre échec du printemps, ne retrouve pas d’horizon fédérateur et s’enfonce dans ses divisions. Washington et Bruxelles, c’est tout l’Occident qui est en crise.

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