L’espoir paraît s’évanouir. Entrevue début octobre, la possibilité d’un compromis international sur le programme nucléaire iranien s’amenuise de jour en jour, faute d’une réponse claire de Téhéran. Au rythme de trois ou quatre déclarations contradictoires par semaine, c’est tantôt « oui mais… », tantôt « non mais… », tantôt « oui, si… » mais jamais « oui », une telle confusion que Bernard Kouchner a fini par publiquement dire, hier, ce que toutes le chancelleries murmuraient depuis dix jours. « Dans la pratique, a-t-il dit à un quotidien israélien, la réponse a été quasiment donnée et elle est négative. C’est dommage, dommage, dommage », a-t-il ajouté tandis que les présidents russe et américain, en marge du Forum économique Asie Pacifique, à Singapour, haussaient également le ton. « Jusqu’à présent au moins, l’Iran a malheureusement été incapable de dire « oui » et nous n’avons plus beaucoup de temps », a déclaré Barack Obama tandis que Dmitri Medvedev se faisait inhabituellement menaçant vis-à-vis de Téhéran en parlant « d’autres options ouvertes » si le processus de négociation n’aboutissait pas. Citant l’entourage présidentiel, la presse russe affirmait, la veille, que le Kremlin était désormais « prêt à 100% » à soutenir de nouvelles sanctions contre l’Iran si la situation ne se débloquait pas. Pour peu que Russes et Américains parviennent, le mois prochain, à de nouveaux accords de désarmement et que leur rapprochement se confirme en conséquence, le régime iranien pourrait avoir à faire ainsi face à l’unanimité du Conseil de sécurité. Le régime iranien perdrait alors le discret soutien que la Russie lui apportait en prêchant la patience à son égard. Les sanctions économiques internationales seraient durcies dans un moment de crise à Téhéran. Le mécontentement social s’ajouterait à cette fronde et ces protestations qui ne s’atténuent pas depuis le trucage des élections présidentielles de juin dernier. Le pouvoir iranien est en train de se tirer dans le pied mais son incapacité à conclure ce compromis avec les grandes puissances qu’il avait lui-même souhaité n’est pas inexplicable. Ce pouvoir connaît les risques d’une épreuve de force mais ceux d’une détente ne sont pas moins grands pour lui et plus difficiles encore à parer car il y a une logique du compromis. Dans l’hypothèse – qu’il n’a toujours pas formellement exclue – où il se résoudrait à apaiser les craintes internationales sur la vraie nature de son programme nucléaire, le régime iranien entrerait dans une logique de coopération avec les Etats-Unis, économique bien sûr mais aussi diplomatique. Il lui serait pratiquement impossible de refuser le développement d’échanges dont l’Iran aurait tellement besoin pour moderniser l’exploitation de ses réserves pétrolières et gazières. Il ne pourrait pas, non plus, repousser les offres américaines d’accords de sécurité fondés sur un apaisement des tensions régionales. Ce régime perdrait l’ennemi qui lui sert à justifier le maintien de sa rigueur intérieure. Il devrait, en un mot, s’ouvrir à un moment où il pourrait ne pas y survivre.

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