Diarrhées et vomissements, le malade se vide, se déshydrate et, sauf intervention médicale immédiate, en meurt rapidement. Cela s’appelle le choléra, maladie que les peurs anciennes associaient à la peste tant elle est foudroyante et qui frappe, depuis un mois, Haïti, l’île tous les malheurs. On en est à un millier de morts et près de 15 000 hospitalisations, tous les départements sont maintenant touchés et la crainte est que l’épidémie ne gagne Port-au-Prince, la capitale, où plus d’un million de survivants du tremblement de terre de janvier s’entassent dans des camps insalubres. Deux cent mille personnes pourraient bientôt être touchées. L’angoisse de la population est telle que, dans deux villes du Nord et du centre, des manifestants s’en sont pris, hier, aux Casques bleus, accusés d’avoir amené la maladie d’Asie. Les casques bleus ont tiré dans la foule et après des siècles d’esclavage, de misère et de dictatures, après le séisme de janvier et l’ouragan du début de ce mois, une nouvelle plaie s’abat, en un mot, sur ce pays oublié du bonheur qui suprême dérision, s’apprête à voter dans 15 jours. Comme si l’urgence était là, les candidats ne veulent pas entendre parler d’un report de ces scrutins présidentiel et législatif. Peut-être ont-ils raison. Peut-être cela provoquerait-il un encore plus grand chaos. Difficile à dire, mais devant l’accumulation de ces drames, une question s’impose. Les ouragans ne sont pas plus rares dans les Antilles que les dangers épidémiques ne le sont après un séisme frappant un pays pauvre. Tout cela était prévisible mais Haïti n’avait en rien été préparé à ces risques. Au début de l’année, sous le coup de l’émotion, face aux 250 000 morts du tremblement de terre, aux amputés et aux orphelins errant dans les rues, les dons et les volontaires avaient afflué, les ONG s’étaient mobilisées et une compétition humanitaire s’était même instaurée entre la France, ancienne puissance coloniale de ce pays francophone, et les Etats-Unis qui n’aiment guère que d’autres qu’eux s’occupent de cette région. On ne peut pas dire que rien n’ait été fait mais alors pourquoi les résultats ne sont-ils pas au rendez-vous ? La première raison en est, qu’un drame chasse l’autre, que l’émotion ne dure guère plus qu’un reportage télévisé et que les Etats tiennent rarement les promesses qu’ils dispensent à profusion quand les appels aux secours sont trop déchirants. Sorti des écrans, Haïti n’a pas reçu toutes les aides promises par ce qu’on appelle la « communauté internationale » mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est que ce pays était à reconstruire entièrement, à construire, en fait, si l’on considère l’état où il se trouvait avant même le séisme, que son administration en était incapable faute des cadres nécessaires et que le seul moyen de le sortir de son malheur permanent aurait été de le placer sous tutelle de l’Onu qui aurait chargé de cette tâche une ou plusieurs puissances. On l’avait, alors, dit dans cette chronique. Régis Debray l’avait suggéré. Chacun le savait en vérité mais personne n’a voulu aller dans cette voie par crainte d’être accusé de néocolonialisme et, surtout, parce que la tutelle aurait induit une obligation de résultats. Là, c’était mieux : pas de vagues, pas de comptes à rendre, et Haïti se meurt, loin des écrans car le malheur est lassant.

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