Isolé, condamné de toute part et plus que jamais incapable de mâter la révolte populaire à laquelle il fait face, le pouvoir syrien n’est pour autant pas prêt à jeter l’éponge. On peut même craindre qu’après avoir libéré, hier, près de douze cents prisonniers politiques pour tenter d’apaiser les critiques dont il est l’objet, il ne franchisse bientôt de nouveaux degrés de sauvagerie dans le vain espoir de se rétablir par la terreur.

Rien n’est plus dangereux qu’une bête aussi acculée que l’est ce régime mais lâché par la Ligue arabe, appelé au forfait par la Jordanie, sanctionné par les Occidentaux et considéré comme fini par la Turquie, le pouvoir syrien est tellement affaibli qu’on doit déjà s’interroger sur les conséquences de sa chute.

Le jour venu, il faudra bien admettre, d’abord, que le printemps arabe n’en est qu’à « mi-parcours », comme le souverain jordanien vient de le dire sur la BBC. La victoire des insurgés syriens précipitera la fin du président yéménite, à moins qu’elle ne soit intervenue d’ici là. L’Algérie, bien qu’elle ait peu bougé jusqu’à présent tant elle demeure traumatisée par sa guerre civile, pourrait alors commencer à demander des comptes aux généraux qui la dirigent dans l’ombre et la privent de ses immenses richesses. L’armée égyptienne pourrait être amenée à se faire plus prudente dans sa volonté de conserver son influence et l’Iran, surtout, pays perse et non pas arabe mais dont les immenses manifestations démocratiques de 2009 avaient annoncé ce printemps pourrait bien vite entrer dans une très difficile période.

Quand il aura perdu son seul allié, quand le régime syrien ne sera plus là pour l’aider à se projeter au cœur du monde arabe et y placer ses pions, l’Iran chiite se retrouvera seul face à des pays sunnites qui haïssent sa théocratie, face à des Occidentaux qui accentuent leurs sanctions économiques pour l’empêcher de se doter de l’arm nucléaire, face aux divisions qui déchirent ses conservateurs et face, enfin, à sa population qui n’attend que le premier signe de faiblesse pour refaire entendre sa volonté de liberté.

C’est avant tout la théocratie iranienne que menace le séisme syrien et, si elle était ébranlée, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien perdraient avec elle un soutien tellement irremplaçable qu’ils seraient obligés de se modérer, comme le Hamas paraît déjà le faire en cherchant à se réconcilier avec l’Autorité palestinienne. C’est tout l’équilibre proche-oriental que modifierait un changement à Damas et sans doute verrait-on alors s’affirmer dans beaucoup de ces pays des partis traditionnalistes, religieux, libéraux et issus des mouvances islamistes qui partout, à des degrés et des rythme différents, se rallient à cet « islamo-conservatisme» qui a fait le succès des islamistes turcs.

Si la démocratie s’affirme dans le monde arabe, elle profitera d’abord, comme hier en Tunisie, à ce type de droite, à d’anciens islamistes qui souhaitent à la fois vivre en bonne intelligence avec les Occidentaux et conforter une identité religieuse. La gauche laïque devra relever le gant. La bataille sera rude. Elle l’est déjà en Tunisie mais ce ne sera plus – ce n’est déjà plus – l’alternative fatale entre dictatures et djihadistes.

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