Cela ressemble en tous points aux embrasements précédents mais, là, tout est différent. L’engrenage est le même. Une multiplication des tirs d’obus palestiniens lancés de la Bande de Gaza sur des localités israéliennes a conduit Israël à organiser des représailles, en l’occurrence l’assassinat ciblé, avant-hier, d’Ahmed Djaabari, le chef de la branche militaire du Hamas.

Benjamin Netanyahou a d’autant plus vite réagi que des législatives auront lieu le 22 janvier en Israël et que sa crédibilité était en jeu. On en était donc, hier soir, à quelques 400 frappes israéliennes sur Gaza et nouveaux tirs palestiniens sur Israël. Comme tant d’autres fois, on est au bord d’une nouvelle bataille de la plus longue des guerres mais la donne n’est plus la même.

Tel Aviv s’est calfeutrée hier car la capitale économique d’Israël s’est découverte à portée des obus de Gaza depuis que l’un d’entre eux est tombé aux large de ses plages. Armé par l’Iran, le Hamas a considérablement accru ses capacités militaires et cela au moment même où le Hezbollah libanais, grâce à l’Iran toujours, a décuplé les siennes qui lui permettraient, à lui aussi, de frapper Tel Aviv, depuis le Nord et non plus le Sud et avec une précision et une intensité autrement plus grandes. Si l’escalade ne cesse pas et que le Hezbollah décidait d’y jeter ses forces, la disproportion entre le nombre de victimes palestiniennes et israéliennes pourrait, autrement dit, être beaucoup moins marquée que lors de la dernière guerre de Gaza, il y a 5 ans.

C’est le premier changement et le deuxième est que ce sont désormais les Frères musulmans qui gouvernent en Egypte. Du temps d’Hosni Moubarak, le deuxième des dirigeants arabes à avoir été renversé par le printemps de 2011, les islamistes étaient les ennemis communs de l’Egypte et d’Israël. L’Egypte ne voyait alors pas d’inconvénients à ce qu’Israël frappe le Hamas, la branche palestinienne des Frères musulmans, puisqu’elle menait elle-même une lutte acharnée contre les Frères égyptiens. Cela s’était bien vu lorsqu’Israël avait lancé ses forces contre Gaza en 2007 mais, aujourd’hui, l’Egypte rappelle son ambassadeur en Israël et dépêche ce vendredi son Premier ministre à Gaza.

Cela ne signifie pas que l’Egypte soit prête à entrer en guerre contre Israël. L’Egypte islamiste est trop affaiblie et trop dépendante de l’aide des Etats-Unis avec lesquels elle cultive d’excellentes relations pour se lancer dans pareille aventure mais son président, Mohamed Morsi, ne peut pas non plus rester indifférent, car Raison d’Etat ou pas, ses partisans ne le lui pardonneraient pas. Sous couvert d’une mission de solidarité, l’Egypte devrait donc tenter d’arracher au Hamas un accord pour une énième trêve. Ce n’est pas mission impossible car le Hamas n’aurait qu’intérêt à faire baisser la tension mais cette organisation est loin de tout contrôler à Gaza où il y a plus radicaux qu’elle.

De nouvelles provocations pourraient vite rendre la situation immaîtrisable et ces provocations, l’Iran et la Syrie n’y auraient qu’intérêt car un embrasement détournerait l’attention de leurs difficultés intérieures, grandes à Téhéran et, comme on le sait, immenses à Damas. En pleine transition, la région est totalement imprévisible et c’est le troisième changement de donne.

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