Ça n’a pas tardé. Le ton, les propos, l’attitude - depuis la nuit de vendredi tout annonçait, chez François Hollande, une riposte immédiate et massive aux crimes qui ont endeuillé la France et c’est dès hier soir qu’elle est tombée.

Avec douze appareils engagés, l’aviation française a frappé Raqqa, la place forte de Daech en Syrie. Deux cibles étaient visées, un camp d’entraînement et un poste de commandement abritant un centre de recrutement djihadiste et un dépôt d’armes et de munitions. C’était une première salve mais certainement pas la dernière car le porte-avions Charles de Gaulle quitte Toulon après-demain pour les côtes syriennes et sera opérationnel sous deux semaines.

Il portera les forces françaises mobilisées dans la région de douze à trente-six avions, une multiplication par trois annonçant une intensification marquée des frappes contre Daesh permise par les vols de reconnaissance français organisés depuis septembre mais aussi par l’étroit échange de renseignements sur lequel Paris et Washington viennent de se mettre d’accord.

Dès avant les frappes d’hier, effectuées en « coordination avec les Etats-Unis », le ministre français de la Défense et son homologue américain s’étaient longuement entretenus dimanche, au téléphone, de « mesures concrètes » à prendre contre Daech et ce n’est pas tout.

Perpétrés à la veille des troisièmes discussions de Vienne sur la Syrie et de la réunion du G-20 en Turquie, les attentats de Paris ont provoqué un électrochoc dans toutes les grandes capitales qu’un changement d’atmosphère est partout perceptible..

En marge du G-20, Barack Obama et Vladimir Poutine ont eu un aparté de plus d’une demi-heure, un entretien qui n’avait pas été prévu et au cours duquel ils se sont mis d’accord sur l’urgence d’un cessez-le-feu en Syrie et d’une transition politique organisée sous l’égide des Nations Unies.

Sur le fond, il n’y a rien là de vraiment neuf mais c’est la première fois que les présidents et américain et russe s’accordent en personne et publiquement sur ces objectifs auxquels il est ainsi donné une priorité nouvelle. Tout se passe comme si les grandes capitales étaient en train de converger sur le besoin de mettre entre parenthèses leur désaccord sur le sort futur de Bachar al-Assad afin de se concentrer sur la recherche d’un compromis en Syrie qui permettrait de régler plus tard la question du boucher de Damas en trouvant le moyen de l’escamoter sans que personne ne perde la face et de s’unir, en attendant contre les jihadistes de Daech.

C’est en tout cas la musique qui s’est entendue à Vienne mais aussi dans les appels concomitants que le Premier ministre britannique et le président polonais du Conseil européen ont lancé à Vladimir Poutine en lui demandant de cesser de s’en prendre à l’opposition syrienne, de ne plus cibler que Daech et de s’entendre à cet effet avec les Américains et les Européens. Quelque chose décidément change, un changement accéléré par les attentats de Paris.

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