La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a interrompu son offensive sur le port d’Hodeida, alors que l’ONU relance sa médiation, un effet direct de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi qui a placé Ryad sur la défensive.

Forces gouvernementales yéménites soutenues par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, dans les faubourgs d’Hodeida début novembre 2018.
Forces gouvernementales yéménites soutenues par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, dans les faubourgs d’Hodeida début novembre 2018. © AFP / AFP

Il aura fallu le scandale de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi pour que les choses commencent à bouger autour de la guerre sans merci qui se déroule au Yémen. Placée sur la défensive, la monarchie saoudienne doit donner des signes de bonne volonté alors que les appels à la fin de ce conflit cruel se multiplient.

Les forces de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite ont interrompu leur offensive contre le port d’Hodeida, aux mains des rebelles Houthis. Cette trêve sur le principal front des combats ne signifie pas que la guerre au Yémen est terminée, loin de là. Mais elle redonne un peu d’oxygène aux tentatives de médiation, et surtout garantit que l’aide humanitaire continuera à arriver. 

Ce port stratégique est en effet le principal point d’entrée de l’aide humanitaire. Sa destruction pouvait avoir des conséquences absolument désastreuses dans un pays où plusieurs millions de personnes sont menacées de famine selon les Nations Unies.

Le moment de cette trêve ne doit rien au hasard. Aujourd’hui, l’émissaire des Nations Unies au Yémen, Martin Griffith, doit informer le Conseil de sécurité de la situation dans le pays, alors que les principaux alliés de l’Arabie saoudite appellent désormais à l’arrêt des combats. 

En fait, depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi, la diplomatie américaine est dans l’embarras et tente de limiter la casse. Ce meurtre dans des conditions abominables, a jeté une lumière crue sur la personnalité du prince héritier saoudien, Mohamed Ben Salman, un temps « vendu » comme un grand modernisateur. Or c’est lui qui a lancé la guerre au Yémen il y a trois ans ; et c’est vers lui que remontent tous les fils du meurtre de Khashoggi, malgré les démentis officiels.

Donald Trump a beaucoup misé sur l’Arabie saoudite, notamment dans sa stratégie d’étranglement de l’Iran, qui reste sa priorité. Pour Trump, il faut donc sauver le soldat « MBS », comme on appelle Mohamed Ben Salman dans la région. 

Les alliés occidentaux de l’Arabie saoudite doivent montrer qu’ils ne « couvrent » pas les pires agissements de ce régime. Et c’est au Yémen, guerre cruelle et inutile de l’aveu même des Occidentaux, qu’ils peuvent le faire à peu de frais.

Tout le monde a, par miracle, aujourd’hui intérêt à favoriser une désescalade au Yémen, plutôt que de laisser monter un débat sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, ou d’être mis en cause dans le désastre humanitaire qui se déroule sous nos yeux. 

La diplomatie française a été étonnamment discrète dans cette période, voire à contre-courant lorsqu’Emmanuel Macron a qualifié de « démagogique » l’idée de cesser les livraisons d’armes à l’Arabie saoudite – comme venait de le faire son amie Angela Merkel.

La France a une occasion de rattrapage avec la visite à Paris, la semaine prochaine, du prince héritier des Emirats arabes unis, Mohamed Ben Zayed, en première ligne au Yémen. Elle doit peser de tout son poids pour que l’espoir de paix qui nait au Yémen ne soit pas perdu.

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