Plusieurs alliés des États-Unis figurent parmi les signataires du traité de libre-échange signé hier par 15 pays, dont la Chine, mais sans les États-Unis eux-mêmes. Un succès pour Pékin qui montre qu’il n’est pas isolé malgré la guerre commerciale et technologique américaine.

Covid-19 oblige, c’est par visio-conférence que 15 pays d’Asie et du Pacifique ont signé dimanche 15 novembre le RCEP, un traité de libre-échange – sans les États-Unis et sa
Covid-19 oblige, c’est par visio-conférence que 15 pays d’Asie et du Pacifique ont signé dimanche 15 novembre le RCEP, un traité de libre-échange – sans les États-Unis et sa © AFP / Zhang Ling / XINHUA / Xinhua via AFP

30% de la population mondiale, un tiers de la richesse produite sur terre… C’est l’ordre de grandeur de ce que représente la signature, hier, du Regional Comprehensive Economic Partnership (RCEP), un traité de libre-échange entre 15 pays d’Asie et du Pacifique.

Mais au-delà des chiffres, c’est la liste des pays et sa signification politique qui interpelle : on y trouve en effet la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, et tous les pays d’Asie du sud-est. Mais pas les États-Unis, pourtant un pays riverain de l’Océan pacifique, ni l’Inde, l’autre géant économique et humain du continent asiatique.

Ce traité aura sans doute des effets économiques limités au début, mais il a d’entrée de jeu une portée politique considérable. Que la Chine, cible de la guerre commerciale et technologique de Donald Trump, soit parvenue à conclure un tel accord avec toute sa sous-région, y compris des alliés des États-Unis, constitue un incontestable succès diplomatique pour Pékin. La Chine montre qu’elle n’est pas isolée.

C’est aussi un échec pour une administration Trump finissante, qui paye ici son unilatéralisme et son manque de stratégie.

Il faut remonter à Barack Obama pour mieux comprendre. Au cours de ses dernières années, Obama a négocié avec les pays d’Asie et du Pacifique un traité de libre-échange - sans la Chine. L’idée était de créer une zone de prospérité indépendante du pouvoir d’attraction croissant de la puissance chinoise.

Ca a donné en 2016 le TPP, le Traité trans-Pacifique. Mais dès janvier 2017, à peine entré à la Maison Blanche, Donald Trump, tout à sa volonté de défaire l’héritage de son prédécesseur, a retiré les États-Unis du TPP, dès lors mort-né. Ce fut une erreur car la guerre commerciale contre Pékin lancée plus tard fut un bras de fer entre deux puissances, sans tenir compte des autres. 

Quatre ans plus tard, cette erreur lui revient en plein visage avec ce RCEP bâti autour de la Chine.

L’erreur de Trump est d’avoir sous-estimé le poids de la Chine en Asie, et la dépendance croissante de la zone vis-à-vis d’un géant devenu la deuxième économie mondiale. 

Quelle que soit la méfiance que leur inspire la Chine, son autoritarisme et ses tentations hégémoniques, aucun pays asiatique ne peut se permettre de se couper de l’économie chinoise ; surtout en ces temps de covid qui voient justement la Chine redémarrer plus vite que le reste du monde.

Même l’Australie, qui vit en ce moment ses plus mauvaises relations politiques avec Pékin, avec des représailles commerciales chinoises, a tenu à signer ce traité pour ne pas se couper de la plus grande zone commerciale au monde.

Ce RCEP vient à point nommé à la veille d’un changement d’administration à Washington, et donc d’une redéfinition des politiques. Il montre la complexité de s’opposer à un rival stratégique quand celui-ci a la puissance économique avec lui ; c’est la grande différence avec la rivalité américano-soviétique de la guerre froide.

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