C’est l’heure du bilan. Ce Pape peut, bien sûr, vivre encore quelques mois, quelques années peut-être, mais vieux, malade, physiquement diminué, il a d’ores et déjà achevé son pontificat et ce vingt-cinquième anniversaire de son élection, le 16 octobre 1978, invite à réfléchir sur son œuvre et son legs. Alors, au risque d’en irriter beaucoup, surtout parmi ceux des catholiques pratiquants qui contestent sa morale familiale et sa conduite de l’Eglise, disons d’emblée que cet homme est immense. Il ne l’est pas, contrairement à la légende, parce qu’il aurait vaincu le communisme. Jean-Paul II n’aura pas été Superman, nouveau St Georges terrassant le dragon communiste car le communisme est avant tout mort de son épuisement et de ses contradictions, pas plus d’une indigestion d’eau bénite que de sa Guerre froide avec les Etats-Unis. Ce qui est vrai, c’est que le premier voyage que ce Pape fit sur sa terre natale, en 1979, lui permit de rassembler la Pologne derrière lui, de lui montrer et de faire voir au monde à quel point elle était unie dans le rejet de ce système, exporté de Russie. Ce voyage a considérablement aidé, un an plus tard, à l’affirmation de Solidarité, du premier syndicat indépendant du bloc soviétique, et cet ébranlement polonais a ensuite précipité l’écroulement soviétique. Jean-Paul II fut ainsi l’un des acteurs de la fin du communisme mais ni le seul ni le principal. Ses mérites, les vrais, sont ailleurs. Le premier - on a du mal à s’en souvenir aujourd’hui - fut de rajeunir l’Eglise, de l’identifier à un homme alors tout en muscle, sportif et skieur, à un battant qui, comme le Christ et ses apôtres, a parcouru le monde pour porter la bonne parole, la sienne, et la porter, d’abord, aux plus déshérités, dans ces pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine, sur ces continents de la misère qui constituent aujourd’hui les grands bataillons du catholicisme. Ce pape a fait voir l’Eglise telle qu’elle est aujourd’hui, où elle est désormais, l’Eglise de demain. C’est en ce premier sens qu’il fut un refondateur, un réaffirmateur de l’universalisme catholique, de la fraternité universelle, mais sur cette route, il a fait plus. Il a, d’abord, lavé l’Eglise des péchés historiques de l’Occident, de l’esclavage, du colonialisme, du mépris des autres civilisations et des autres fois, demandé pardon, pour cela, comme il a demandé pardon aux Juifs « nos frères aînés a-t-il dit, et ainsi œuvré pour la paix, premier message de l’Evangile. Et puis il a fait mieux encore. Dès que le Mur de Berlin fut tombé, lui qui venait du communisme, lui qui l’avait sans cesse combattu, a immédiatement - et avec quelle force ! - condamné le triomphe de l’argent, le tout marché, le capitalisme sauvage, en martelant que l’homme n’est pas fait pour l’économie mais l’économie pour l’homme. Il aurait pu se satisfaire d’un combat. Il a immédiatement entrepris l’autre, pris fait et cause pour ceux qui n’ont rien, restauré l’Eglise, et le christianisme, dans ce qui fait leur vraie grandeur, la défense des plus pauvres. Universalisme et solidarité, tel est le legs de ce pape - un nécessaire retour aux sources, à cette compassion dont le monde est en quête.

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