Les sanctions du Conseil de sécurité contre la Corée du Nord marquent une date. La rapidité, d’abord, avec laquelle cet embargo sur les armes a été adopté samedi, à l’unanimité, cinq jours seulement après que Pyongyang eut procédé à son premier test atomique, traduit l’inquiétude des grandes puissances. De Washington à Pékin en passant par Londres, Paris et Moscou, le monde a peur. La crainte n’est pas que les Nord-Coréens déclanchent une guerre nucléaire à laquelle ils n’auraient aucun intérêt. La crainte est qu’ils puissent apporter leur savoir faire à d’autres Etats désireux de se doter de la bombe ou le fournir, bien pire encore, à des réseaux terroristes - qu’un attentat atomique devienne envisageable tandis que tous les efforts de non-prolifération seraient bientôt devenus vains. Ce n’est pas l’alerte rouge mais elle est, déjà, orange car, face à ce défi, les grandes capitales ont non seulement vu ces dangers immédiats mais se profiler aussi un siècle dans lequel plus aucune d’entre elles, plus aucune puissance, nouvelle ou ancienne, plus aucune règle, plus aucune capacité d’influence ne pourrait exercer le moindre contrôle sur l’évolution des choses. C’est le spectre d’une anarchie mondiale qui a mobilisé et uni le Conseil de sécurité et l’adoption de ces sanctions reflète, en deuxième lieu, une profonde évolution de la Chine. Jusqu’à la semaine dernière, jusqu’à cet essai atomique, la Chine était plus que prudente et réservée sur toute forme de pression contre les Nord-Coréens. Elle ne souhaitait pas que quoi que ce soit puisse conduire à l’écroulement de ce régime car elle ne voulait ni d’un chaos à sa frontière, ni d’une vague de réfugiés déferlant sur son territoire, ni, surtout, d’une réunification de la Corée qui aurait pu rapprocher d’elle les forces militaires américaines, déjà présentes en Corée du Sud. Le camouflet que Pyongyang lui a infligé en procédant à ce test a maintenant eu raison de ces réticences. En se rangeant aux côtés des Etats-Unis, de l’Europe et de la Russie, la Chine vient de signifier à la Corée du Nord qu’entre deux maux elle pourrait désormais choisir le moindre, qu’elle pourrait la lâcher, et ce signal est de poids car, sans l’aide économique et énergétique de Pékin, les jours de ce régime seraient comptés. Cela veut-il dire, pour autant, que Pyongyang n’ait plus d’autre choix que de reculer ? Ce n’est malheureusement pas si simple, pour deux raisons. La première est que, signal ou pas, le régime nord-coréen sait bien que sa chute ne poserait pas des problèmes à la seule Chine mais également à la Corée du Sud qui n’est pas impatiente d’avoir à financer la reconstruction du Nord et à toute l’Asie, en fait, qui se demande quelles conséquences aurait une réunification de la Corée sur ses équilibres internes. Un signal fort a été envoyé mais, signe de la prudence qu’elle conserve, la Chine n’entend pas encore faire respecter par la force l’embargo décrété, avec sa voix, par le Conseil de sécurité.

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