Comme le dit si joliment Jean Lacouture, « entre la viande crue et la viande cuite, il y a la viande qui cuit ». Universelle, cette formule est sans doute la meilleure qui soit pour décrire ce qui se passe aujourd’hui dans les pourparlers israélo-palestiniens. Un règlement de paix – car c’est bien de cela dont il s’agit - mijote à feu doux. Le moindre appel d’air peut éteindre la flamme. Un moment d’agitation, une distraction, une dispute dans les cuisines et tout brûle mais, oui, un accord se mitonne. Pour la première fois, le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a laissé entendre en personne, hier, qu’un partage de Jérusalem était envisageable. Il l’a fait elliptiquement, se contentant d’estimer « légitime de se demander s’il avait été nécessaire d’intégrer à Jérusalem », à Jérusalem capitale d’Israël, plusieurs quartiers et villages arabes qu’il a énumérés. Le seul fait de poser la question revenait évidemment à y répondre par la négative. Ehud Olmert vient de dire que ces annexions n’étaient pas nécessaires et qu’un accord de paix devait passer par un découpage de la ville. La chose est d’autant plus notable que sa petite phrase donne beaucoup d'importance au projet de plan de partage que le vice-Premier ministre Haïm Hamon avait fait parvenir en septembre au conseil municipal de Jérusalem et éclaire d’un jour nouveau, la récente élaboration de cartes secrètes permettant de relier entre eux, d’une part les quartiers arabes de Jérusalem et de l’autre, ses quartiers juifs. On s’oriente vers un retour aux paramètres Clinton, ceux du projet de règlement qui avait échoué de si peu en janvier 2001, et dont le principe était simple : à Israël les quartiers juifs, à la future Palestine, les quartiers arabes. Virtuellement parlant, il s’agit d’un gigantesque pas mais les déclarations faites, hier aussi, par Condoleezza Rice ne sont pas moins importantes. De retour à Jérusalem et Ramallah, faisant comprendre qu’elle allait désormais beaucoup s’impliquer dans ces négociations, la secrétaire d’Etat américaine a qualifié la coexistence de deux Etats, israélien et palestinien, d’« absolument essentielle pour l’avenir non seulement des Israéliens et des Palestiniens mais aussi du Proche-Orient et, bien sûr, des intérêts américains ». « Le temps est venu d’établir un Etat palestinien », a-t-elle ajouté en soulignant que la conférence de paix prévue pour novembre par les Etats-Unis devait être « sérieuse et substantielle » et que ce règlement était la « top priorité » de Georges Bush « dans ce que son mandat lui laisse de temps ». Tout peut tout compromettre mais la volonté d’aller de l’avant est telle, de tous les côtés, que le principal danger n’est plus aujourd’hui une vague d’attentats ou une quelconque provocation. Le problème est qu’Ehud Olmert ne peut pas être trop encourageant, suffisamment précis, sans faire éclater sa coalition alors que Mahmoud Abbas, le Président palestinien, a besoin, lui, d’engagements clairs des Israéliens pour ne pas passer pour un traître. C’est cette dialectique du silence et du verbe qui est la plus grande fragilité de cet espoir.

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