« Centres offshore » en langage financier, « havres fiscaux » en anglais, « paradis fiscaux » en français – les termes varient mais la réalité est la même. Une cinquantaine d’Etat, pour la plupart petits, insulaires et dépourvus de possibilités de développement industriel, vivent aujourd’hui, et fort bien, en offrant un refuge à l’argent qui peut échapper, en se domiciliant chez eux, aux impôts qu’il aurait à payer ailleurs. Cette industrie, car c’en est une, a toujours existé. Dans l’antiquité, déjà, bien des marchands procédaient à leurs échanges en haute mer pour ne pas avoir à acquitter de taxes portuaires. Ils profitaient ainsi d’infrastructures qui leur étaient nécessaires sans avoir à contribuer à leur financement mais les paradis fiscaux ne sont devenus un phénomène international qu’avec le développement de l’Etat providence et de la redistribution fiscale qu’il impliquait, autrement dit dans les années trente et, surtout, après guerre. Ils ont si bien prospéré depuis un demi-siècle qu’ils abriteraient, aujourd’hui, plus de quatre cent banques, y compris les plus grandes qui y ont multiplié les filiales, deux tiers des grands fonds d’investissement spéculatif et quelque deux millions de sociétés écran derrière lesquelles se cachent de gigantesques intérêts, fortunes privées, mafias et grandes entreprises mêlées. A en croire Transparency international, l’organisation non gouvernementale qui traque la corruption dans le monde et dénonce les paradis fiscaux à coup de rapports accablants, ces centres abriteraient, ainsi, dix mille milliards de dollars d’actifs financiers, soit treize fois ce que les Etats-Unis ont mis sur la table pour enrayer la crise bancaire ou cinq fois ce que l’ensemble des pays de l’Union européenne viennent de mettre. Scandale des scandales, longtemps tolérés, les paradis fiscaux sont désormais dans le collimateur de l’Union européenne qui, pourtant, en abrite plusieurs. Jusqu’à présent, les Etats considéraient qu’ils devaient laisser leurs entreprises nationales en profiter pour qu’elles ne soient pas défavorisées par rapport à celles des pays concurrents. L’argent a longtemps bénéficié de cette idée perverse mais, à l’heure où les Etats doivent voler au secours des banques en utilisant l’argent de contribuables qui, eux, paient leurs impôts, et plein pot, ce qui était toléré n’est plus tolérable. Ce l’est d’autant moins que les Européens veulent profiter de cette crise, d’origine américaine, pour imposer aux Etats-Unis un sommet sur la réglementation mondiale du système financier et qu’elle sera rigoureusement impossible tant que l’opacité de ces paradis perdurera. Avant même la crise financière, le Liechtenstein, refuge traditionnel de l’argent allemand, avait été vivement dénoncé par Berlin l’hiver dernier. François Fillon vient de déclarer, devant l’Assemblée nationale, que « la disparition des centre offshore devait préluder à la refondation du système financier international ». Une vingtaine de pays participeront, la semaine prochaine, à Bercy, à une réunion contre les paradis fiscaux. Un mouvement est lancé. Reste à voir ce qu’il donnera. C’est un test.

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