C’est devenu quasiment quotidien, la routine pakistanaise. Hier encore, Lahore, la capitale intellectuelle de cette puissance nucléaire de près de 170 millions d’habitants, a été le théâtre de trois attaques simultanées contre des bâtiments de la police. Bilan : 28 morts auxquels il faut ajouter onze autres victimes d’un attentat commis dans le nord-ouest du pays. Il y a trois jours, c’est un convoi des forces de sécurité qui était attaqué dans la vallée du Swat dont les autorités avaient théoriquement repris le contrôle avant l’été. Bilan : 41 morts. Trois jours plus tôt, le 10 octobre, c’est un quartier général de l’armée qui était pris d’assaut à Rawalpindi dans un coup de main spectaculaire qui aura fait vingt morts. La veille, le 9, un attentat suicide faisait plus de 50 morts à Peshawar et c’est, au total, quelque 160 personnes qui ont péri en onze jours dans cette vague d’attentats islamistes qui secoue le Pakistan. Il y a trois explications à cette vague de terreur. Conjoncturelle, la première est que les islamistes pakistanais, très liés à al Qaëda, veulent dissuader les autorités de lancer l’offensive d’envergure qu’elles disent préparer contre eux dans le Waziristan du Sud. Voyez, disent ces attentats, ce que nous pourrions faire dans tout le pays si vous mettiez ce projet à exécution. C’est un avertissement, des tirs de sommation, mais on aurait tort de s’arrêter à cet aspect des choses. Bien au-delà de ce moment du bras de fer permanent entre le pouvoir central et les islamistes se pose, d’abord, le problème de l’extraordinaire ambiguïté politique de ce pays. Créé, après guerre, par les Britanniques au moment où ils se retiraient des Indes, afin d’offrir aux musulmans du sous-continent le « foyer national » auquel ils aspiraient depuis le début du siècle, le Pakistan est un Etat jeune et largement artificiel, constitué de populations autochtones et de dizaines de millions de personnes venues des régions indiennes, tout à la fois une mosaïque de peuples et un mélange des populations rurales et d’une intelligentsia particulièrement sophistiquée, celle-là même qui avait conçu ce projet national. Le Pakistan n’a ainsi que deux seuls vrais ciments, l’islam qui est son identité et la peur de l’Inde, de cet immense voisin en plein boom économique et technologique que les Pakistanais regardent toujours comme un pays revanchard qui voudrait récupérer ses provinces perdues. Ce sont ces deux ciments qui font que les services secrets pakistanais utilisent et combattent à la fois les islamistes. Ils veillent à les canaliser mais s’en servent pour frapper l’Inde et tirer les ficelles en Afghanistan, pays que les services pakistanais considèrent comme une arrière-cour leur offrant une profondeur stratégique face aux Indiens. Alliés du Pakistan, empêtrés en Afghanistan, les Etats-Unis exigent la mise au pas de ces islamistes mais, sur fond de dégradation de la situation afghane, leurs protecteurs des services veulent à la fois faire mine de donner satisfaction à l’Amérique en s’attaquant à eux et se garder cette armée de réserve en donnant à voir sa puissance.

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