C’est une étude américaine dont l’AFP faisait état hier. Selon le Centre d’études internationales et stratégiques, le CSIS, l’un des meilleurs centres de recherches américains, les budgets militaires de la Chine, de l’Inde, du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan viennent de globalement doubler en une décennie pour atteindre un total de 224 milliards de dollars en 2011.

A la fin de cette année, les dépenses militaires de l’Asie auront ainsi dépassé celle de l’Europe et la Chine à elle seule dispose désormais du deuxième budget mondial de défense, après les Etats-Unis qui continuent de très largement faire la course en tête.

Spectaculaires, ces chiffres signifient deux choses. Ajoutés aux taux de croissance et aux constants progrès technologiques de l’Asie, ils confirment d’abord le déplacement du centre de gravité mondial de l’Atlantique au Pacifique, une évolution dont les Américains tirent déjà les conséquences en redéployant leurs forces vers ce nouveau Nouveau monde. Vu de Washington, le monde est américano-asiatique et non plus américano-européen car ce sont les marchés asiatiques et beaucoup moins européens qui intéressent maintenant les Américains, qu’ils ont des intérêts à y défendre et des alliances à y nouer.

Cela ne veut pas dire que l’Europe ait obligatoirement amorcé un inéluctable recul sur la scène internationale. Ensemble, ce sont les pays de l’Union européenne qui constituent toujours la première puissance économique mondiale devant les Etats-Unis et la Chine. Les taux de croissance asiatiques doivent se lire à la lumière d’un point de départ infiniment plus bas que le niveau de développement atteint par l’Europe. Contrairement à ce que les Européens en arrivent à croire eux-mêmes dans la morosité dépressive qui est la leur, l’Europe n’est pas promise à devenir un musée. Elle ne l’est en tout cas pas déjà devenue, certainement pas, mais si elle n’affirmait pas son unité pour s’affirmer dans un siècle que domineront les grands ensembles, alors oui, elle connaitrait le même déclin qu’ont connu la France et la Grande-Bretagne qui étaient encore les deux premières puissances du monde au tournant des deux derniers siècles.

Le second enseignement de l’étude du CSIS, qui est d’ailleurs, si l’on ose dire, rassurant pour l’Europe, est que l’Asie est très loin d’avoir trouvé ses équilibres internes. Si elle consacre tant d’argent au développement de ses forces militaires, c’est avant tout qu’elle est ce qu’avait été l’Europe avant de s’unir après la Seconde guerre mondiale – un continent dont chacune des puissances s’inquiète de l’autre.

Le réveil de la Chine fait peur à tous ses voisins. La Chine craint, de son côté, de voir une alliance se former contre elle avec l’appui des Etats-Unis. C’est pour décourager toute velléité de ce genre qu’elle augmente autant ses dépenses militaires. Ce climat de méfiance est d’autant plus grand que les cicatrices de l’histoire ne sont pas refermées en Asie, notamment pas entre la Chine et le Japon, deux pays dont le nationalisme est plus profond que jamais et qui se disputent aujourd’hui des ilots inhabités. L’Asie s’arme car elle est instable.

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